dimanche 25 août 2013

Penone Versailles

Avis sur l'exposition "Penone Versailles" au château de Versailles : une exposition et un artiste intéressant qui seront l'occasion de redécouvrir le domaine de Versailles.


N'hésitez pas à venir même si les expositions ne sont pas votre truc ou encore en famille. Le cadre change des galeries du musée et vous trouverez facilement des documents d'aide à la visite généreux sur place. Le château de Versailles, c'est un peu la folie, mais suivez mes conseils et vous serez zen !

Peu connu du grand public, mais très valorisé dans l'univers des foires et du commerce de l'art, "Penone Versailles" permet de voir des sculptures monumentales et compréhensibles de l'artiste (certains de ces travaux sont bien moins accessibles et paraissent capillotractés). Penone est un artiste influent de l'arte povera, souvent considéré comme la vitrine de ce mouvement né en Italie dans les années 60, influencé par un besoin au retour aux valeurs traditionnelles traduit par l'utilisation de matériaux brut non picturaux, sans intermédiaire ni support, dans le but d'en révéler les qualités esthétiques et émotionnelles intrinsèques des matériaux.

Le sculpteur Penone à la rencontre de Le Nôtre


L'Orangerie du château de Versailles

Le château de Versailles accueille tout les ans un artiste contemporain à développer son travail dans ce lieu unique, jouant bien évidemment sur les chocs visuels et artistiques. Penone présente cette année des œuvres créées antérieurement à l'exposition, ce qui n'était pas le cas des artistes précédents, en soutenant l'idée qu'une oeuvre d'art doit l'être partout. Néanmoins, les sculptures d'arbres siéent aux jardins dans lesquels elles sont installées : il opposent l'impossible désir de contrôle de Le Nôtre à l'aspect brut des sculptures. Les jardins sont un symbole de la grandiosité de la nature : il ne faut pas oublier qu'à l'époque de leur création, la perspective depuis la grande terrasse montrait peu d'humains, alors que la présence de la nature, certes maîtrisée à travers la géométrie des tracés, était manifeste.

Le concept de Penone : reproduire la nature


Arbre foudroyé par Penone

Penone propose un parcours dans les jardins présentant donc des sculptures en bronze d'arbres moulés. Il ne cache pas sa volonté de reproduire la nature et rattache son travail à Versailles car l'un des cèdres utilisés a justement été acheté par Penone au domaine suite à la tempête dévastatrice de 1999. Il utilise beaucoup l'or dans ces arbres pour représenter la lumière ; ce matériaux fait écho à la majestuosité de Versailles mais m'a surpris dans le concept d'arte povera qui se traduit tout de même par "art pauvre".

Deux oeuvres ont particulièrement retenu mon attention

 

Albero-porta - Cedro ("Arbre-porte - Cèdre")

Giuseppe Penone est un artiste sensible au processus. Lorsqu'il coule un bronze, il ne voit pas le résultat avant la toute fin de l'opération. Cette oeuvre a un procédé plus original : il a sculpté le jeune arbre cèdre dans le tronc (acheté suite à la tempête de 1999).

Arbre-porte - Cèdre par Penone

Anatomia

Les blocs de marbres d'Anatomia révèlent les veines naturelles du marbre par le travail de la sculpture de veines en relief, et montre la vie et l'énergie circulant dans cette matière naturelle qui pourrait paraître inerte (tout comme le bois).

Les 3 pièces à l'intérieur du château ont moins d'impact que les 17 exposées dans les jardins, aussi vous n'êtes pas obligé de prendre un billet château pour voir la partie la plus intéressante de "Penone Versailles". Les jardins valent vraiment d'être découverts, surtout les week-end alors que les bosquets, lieux sublimes mais fragiles, sont ouverts et les fontaines en eaux. Ma seule réserve quant à cette exposition est que les oeuvres placées sur la terrasse gênent les touristes qui voudraient prendre une photo de la grande perspective (mais ça cache le bassin de Latone en travaux...)

Les sculptures du bosquet de l'étoile

Informations pratiques sur l'exposition "Penone Versailles"


Jusqu'au 31 octobre
Durée de visite : compter 1h30 pour voir toutes les pièces, le mieux est encore d'y passer tranquillement l'après-midi
Horaires : les jardins sont ouverts tous les jours de 8h à 20h30 (évacuation 20 min avant, château fermé le lundi). Les samedis 31/08, 07/09 et 14/09, les jardins fermeront à 17h30.

 

Conseils :

  • L'exposition est gratuite sauf les mardis et week-end où l'accès aux jardins est payant pour tout le monde même ceux qui bénéficient de la gratuité du château.
  • Vous pouvez acheter votre billet en ligne ou sur place à l'entrée des jardins à droite, ne vous inquiétez pas vous n'aurez pas à faire l'immense queue de la , cour d'honneur qui est celle pour accéder au château ! Le tarif est de 7,5 € le mardi et 8,5 € le week-end. Il n'y a pas trop de queue à l'entrée des jardins, il n'est donc pas indispensable d'acheter son billet en avance.
  • Je recommande une visite plutôt le week-end avec la mise en eaux des fontaines qui justifient le prix, le mardi est payant à cause de la musique qui est finalement assez insupportable.
  • Vous pouvez également visiter l'exposition AHAE accessible aux mêmes conditions dans l'Orangerie. Le travail de ce photographe est grand public et plutôt plat mais c'est l'occasion d'entrer dans l'Orangerie, fermée au public.

Constance Jacquot

lundi 5 août 2013

Simon Hantaï au Centre Pompidou, une nouvelle vision de l'artiste

Le Centre Pompidou propose une exposition riche d'apprentissage du peintre Simon Hantaï avec des œuvres complètement différentes qui celles que nous avons l'habitude de voir dans les collections des musées d'art moderne.

Les œuvres emblématiques de Simon Hantaï


Hantaï est surtout connu pour ses peintures avec des techniques de pliage qui occupe la majeure partie des collections, de sa carrière et de l'exposition. La toile est pliée avant d'être peinte, il ne maîtrise donc pas le résultat final avant le dépliage : le processus créatif se fait à l'aveugle.
Il a décliné la techniques en plusieurs variantes à l'origine de plusieurs séries, les "mariales", les "meuns" et les "tabulas".

Meuns de Simon Hantaï, 1967-68

Tabula de Simon Hantaï, 1980

Les nouages, froissages, pliages étaient complétés par des retouches à postériori pour modifier l'équilibre entre le peint et le non-peint.

Mon avis

J'ai été déçu d'apprendre que Simon Hantaï avait recours à ce procédé ; le résultat passe pour incontrôlé, laissé au hasard, mais on découvre qu'il ne l'est pas, et la toile ne rend pas hommage à l'ampleur du travail. Je n'ai pas compris le sens de la répétition de cette même technique, qui varie certes à chaque fois, mais qui a lourde tâche de définir chaque tableau.

A la découverte de Simon Hantaï : son œuvre "de jeunesse"


L'exposition du Centre Pompidou demeure néanmoins riche d'apprentissage : j'ai pu y admirer pour la première fois son travail de jeunesse alors qu'il appartenait au groupe surréaliste, tout en interprétant leurs techniques.

Œuvre sans titre de la période surréaliste de Simon Hantaï, 1951

Une période gestuelle a suivi, très inspirée de Pollock et de Georges Mathieu, en négatif de leur technique puisque chez Hantaï les couches de matières et de peinture son grattée pour créer le tracé.

Peinture de Simon Hantaï de la période gestuelle, 1953

Ces travaux l'amenèrent à l'expérimentation des petites touches et des écritures, et nous laisse cette œuvre surprenante et immense qui a nécessité un an de travail, alterné sur les 2 panneaux dans une commune gestation.

Ecriture rose et A Galla Placidia de Simon Hantaï, 1958-59

L'exposition Simon Hantaï au Centre Pompidou est une belle opportunité pour les fans du peintre et les amateurs d'art de compléter leur culture par la connaissance des pans très différents qui ont composé la carrière de ce peintre. De plus, les toiles sont grandes, il est facile de se faire un avis, et l'exposition est agréable car peu fréquentée : une bulle de détente dans un Beaubourg toujours bien occupé avec l'exposition Roy Lichtenstein.

Infos pratiques sur l'exposition Simon Hantaï au Centre Pompidou :


Jusqu'au 2 septembre 2013
De 11h à 21h sauf le mardi, jusqu'à 23h le mardi
Durée de visite : 35 min à 1h
Tarif : 13€, TR 10€ / 11€, TR 9€ selon la période, je vous recommande le pass à 22€ pour les -26 ans et sinon 48€

Constance Jacquot

dimanche 4 août 2013

L'expositon d'AHAE "Fenêtre sur l'extraordinaire" au Château de Versailles

Avis sur l'expositon d'AHAE "Fenêtre sur l'extraordinaire" à l'Orangerie du Château de Versailles, est-elle à voir ou non : oui, dans le cadre d'une visite du Domaine.


AHAE présente une nouvelle exposition de grande envergure dans des galeries spécialement aménagées dans l'Orangerie du Château de Versailles, exceptionnellement ouverte au public à cet occasion.

Une exposition photos à l'Orangerie


AHAE est un businessman prolifique né au Japon mais ayant réussi dans son pays d'origine, la Corée, et ayant toujours eu une grande sensibilité artistique, qui le poussa, une fois retiré des affaires, à se consacrer à la photographie et à présenter son travail au monde. En deux mots, AHAE est un vieux monsieur fortuné, ce qui lui permet de s'offrir le meilleur équipement photo, de beaux lieux d'exposition (l'année dernière, c'était l'Orangerie des Tuileries) et de grands plans médias pour promouvoir ses évènements. Cela me paraît important à préciser car on se doit d'être moins tolérant aux imperfections lorsqu'on sait qu'un artiste bénéficie de ces conditions de travail et de ces moyens de reconnaissance.

Le concept de "Fenêtre sur l'extraordinaire" est que toutes les photos sont prises depuis une même fenêtre (dans sa maison de campagne en Corée). L'exposition présente des photos en grands et très grands formats de la nature statique et de la vie visible (à l'aide des téléobjectifs les plus pointus) depuis sa fenêtre, avec une chronologie qui paraît s'écouler sur une journée. Les images sont très belles, les paysages expressifs et les nombreux animaux sont shootés dans les actes de leur vie quotidienne, qui peuvent donner des scènes drôles ou touchantes. Le choix des techniques d'impression est très intéressant : papier type aquarelle très chargé en encre pour les paysage et les animaux et impression sous couche de verre pour les images de lune et de soleil qui permet de mieux en transmettre la lumière.




AHAE : un bon photographe, pas un artiste


Néanmoins, de jolies images ne suffisent pas à faire d'AHAE un artiste. Ses photos sont de bonnes qualités car il a les meilleurs équipements mais ses sujets et ses compositions photographiques sont très plates, plus proche du reportage et du documentaire que de l'art. Les visuels peuvent impressionner par leur grande taille mais ne provoque aucun sentiment chez le visiteur.

"Fenêtre sur l'extraordinaire" est au moins l'occasion de pénétrer dans l'Orangerie, lieu impressionnant par ses dimensions et son atmosphère qui accueillent les orangers du parterre pendant l'hiver et habituellement fermé au public. L'exposition s'inscrit bien dans le thème de l'Année Le Nôtre que célèbre le Domaine de Versailles : tandis que Le Nôtre désire la maîtrise parfaite des éléments naturels, AHAE se laisse complètement surprendre et n'est que spectateur de la nature.

Le parterre de l'Orangerie


Informations pratiques sur l'expositon d'AHAE "Fenêtre sur l'extraordinaire" au Château de Versailles :


Jusqu'au 9 septembre 2013
Gratuit les lundi, mercredi, jeudi et vendredi: l'Orangerie est situé dans les Jardins, dont l'accès est gratuit sauf les jours de "Grandes Eaux Musicales" et de "Jardins Musicaux" (mise en eau des fontaines)
Ouvert tous les jours de 10h à 18h (le Château est en revanche fermé le lundi) et le samedi soir
Durée de visite : 30 minutes