mardi 13 mai 2014

Que verrez-vous à l'exposition "Indiens des Plaines" au musée des arts primitifs ?

Le musée du quai Branly propose une exposition belle et facile sur les traditions esthétiques des Indiens des plaines des Etats-Unis. Le musée nous avait habitués à des sujets beaucoup plus pointus et présente cette fois un sujet qui résonne beaucoup plus dans nos esprits d'européens car nous avons tous été nourris d'images de ses indiens à longues plumes bicolores et de ses motifs Apache jusque dans les rayons de H&M.


La promesse est tenue. L'exposition s'ouvre sur des création contemporaine et le regarde des artistes Indiens d'aujourd'hui par le biais de motifs ou de techniques traditionnels (c'est d'ailleurs la partie la plus intéressante). Ensuite, les salles nous emmènent à travers l'histoire des différents peuples et l'évolution de leurs créations. Bijoux, objets sacrés, vêtements, outils, divertissement : leur création est exhaustivement présentée. On reste rêveur face à certaines représentations mystiques et curieux de toute cette symbolique dont le sens échappe tout à fait à nos esprits.

C'est là que malheureusement se situe aussi la faiblesse de l'exposition : on pourrait être fascinés par la connexion qu'entretenaient les Indiens avec la nature et l'au-delà, mais aucune clé n'est donné au long de l'exposition pour comprendre ni même pour décrypter la spiritualité de ses peuples. Il faut pour cela s'acquérir du catalogue, évidemment, et c'est très dommage. J'en ai gardé un goût amer d'incomplétude qui laisse finalement ce sentiment : l'exposition est jolie et facile, mais sans plus.
On garde l'impression de rester dans le cliché et surtout le consensuel : l'histoire tragique de ces peuples, les guerres, l'extermination et le "parcage" en réserve d'aujourd'hui sont complètement éludés.

Coiffe, vers 1830, artistes Osages, Kansas
J. Okuma, chaussures sabots, 2014

Cape d'apparat, population Sioux Mandan

Votre visite du musée des arts primitifs se rattrape plutôt sur l'exposition Tatoueurs Tatoués qui est en revanche très bien documentée.


Informations pratiques sur l'exposition "Indiens des Plaines" au musée des arts primitifs :


Jusqu'au 20 juillet 2014 - Mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h ; jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Durée de visite : 45 min
L'affluence est faible sur cette exposition. La visite se prête très bien à toute la famille. Il existe un livret jeu pour les enfants ainsi qu'un dossier pédagogique rudimentaire.
9€ / TR 7€ et de nombreuses gratuités notamment pour les -25 ans

L'exposition sur le site du musée des arts primitifs

Photos : de très belles images dans cet article, et aussi ici

Constance Jacquot

dimanche 11 mai 2014

L'exposition d'Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou : un siècle d'histoire en photographies

L'exposition d'Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou est sans conteste l'une des expo parisiennes immanquables de l'année.


Henri Cartier-Bresson (1908-2004) est un emblème de la photographie française. Il a traversé le XX° siècle et immortalisé de nombreux évènements marquants, sous un angle non-consensuel et en imposant son regard.

Beaucoup de public est accueilli dans cette expo à Beaubourg, ce qui gêne la visibilité des pièces de petit format à certaines heures. Heureusement, la gestion du flux de visiteurs est intelligente : le temps d'attente est indiqué à l'entrée du Centre Pompidou, la queue est minutée à l'entrée de l'exposition et on peut lire la biographie du photographe sur quelques mètres de mur en patientant. Et surtout, le musée est ouvert jusqu'à 23h, après 19h le week-end et 20h30 en semaine, la visite est très tranquille.

L'exposition est à la fois chronologique et thématique, et transmet la richesse de la vie de Cartier-Bresson et la variété de son travail. De son vivant, il supervisait ses expositions et uniformisait les tirages ; le choix des regroupements dans la scénographie de cette rétrospective casse cette unité. Les salles ne se ressemblent pas, j'ai particulièrement été touché par les photographies surréalistes et abstraites, et par celles des grands événements de l'histoire.

Le surréalisme dans les photographies d'Henri Cartier-Bresson


Henri Cartier-Bresson, Livourne, 1933

L'instant était décisif


Grâce à son ouverture intellectuelle, ses voyages et son attrait pour plusieurs disciplines créatives dès la jeunesse -avant de devenir photographe, il a touché en amateur à la peinture et au dessin-, il fréquente rapidement le milieu artistique dont les surréalistes.

Le surréalisme est subtil dans ces clichés : les corps sont déformés, le sujet du rêveur est récurrent, la déambulation et le jeu sont souvent représentés. Une série prend comme sujet des objets et personnes empaquetés et voilés, en créant le suspense, dans une espèce d'érotisme de l'objet. Il nous sensibilise à l'attitude et au hasard, valorisé comme une "magie circonstancielle", car en photographie le hasard est objectif car il constitue les arrière-plans.

Un autre point de vue sur l'actualité



Le couronnement de George VI le 12 mai 1937

Libération du camps de Dessau en 1945

Dans sa longue carrière, Henri Cartier-Bresson s'est impliqué dans une photographie sociale, visant à dénoncer les plus démunis. Son engagement est même politique : il est actif en 1936 dans l'Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, a travaillé pour le journal communiste Le Soir pour lequel il a fourni des clichés des premiers congés payés, a immortalisés les camps à la sortie de la seconde guerre mondiale, entre autres.
Ces photographies de presse et des grands événements m'ont semblé les plus intéressants, par exemple celles du couronnement de George VI en Angleterre sur lesquelles il choisit d'immortaliser le public plutôt que l'action elle-même et nous oriente notre regard différemment.


Les phrases pour faire genre-je-l'ai-vu-alors-qu'en-fait-non :


  • "Les tirages sont vraiment petits, va boire un verre chez Georges avant d'y aller, pas avant 21h30, sinon tu ne vois rien."
  • "Il a vraiment immortaliser des morceaux d'histoire qu'on n'apprend pas dans les livres, comme les premiers congés payés, avec des gens sur la plage, c'est passionnant."
  • "Cartier-Bresson tient de l'artistique et du reportage à le fois, quelle polyvalence et quel talent !"

Informations pratiques sur la rétrospective d'Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou :


Jusqu'au 9 juin 2014

Horaires : du mercredi au dimanche de 11h à 23h
Tarif : de 9€ à 13€, les prix des pass annuels commencent à 18€

Durée de visite : 1h15


Constance Jacquot



Expo Van Gogh - Antonin Artaud : "le suicidé de la société"

Le musée d'Orsay propose au public un regard original sur l'oeuvre de Van Gogh dans cette exposition mise en scène selon le texte d'Antonin Artaud Van Gogh le suicidé de la société. Une exposition pointue et saturée de visiteurs, qui n'est pas un moment de plaisir et de détente.


Ces artistes ont tous deux été internés en psychiatrie dans leur jeunesse et Antonin Artaud, à la création tumultueuse, était bien placé pour écrire sur la lucidité et la conscience, et leur absence, dans la processus artistique.

L'exposition Van Gogh - Antonin Artaud donne un nouveau regard sur l'oeuvre très connue du peintre. On y contemple une quarantaine de tableaux, mais aussi des lettres, et des pièces consacrées aux dessins d'Antonin Artaud, que la plupart d'entre nous n'aurons certainement jamais vues. On y retrouve tout de même des œuvres phares telles que La Nuit étoilée, La Chambre de Van Gogh à Arles, et des autoportraits.

Van Gogh, La Nuit étoilée, 1888
Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles, 1889
Van Gogh, Portrait de l'artiste au chevalet, Paris, 1888
Le musée d'Orsay propose des croisements intéressants entre les deux œuvres et la mise en scène est réellement soignée et participe pleinement au parcours du visiteur. Cependant, l'exposition est très riche d'informations et nécessite beaucoup de concentration, ce qui n'est pas évident lorsqu'on piétine au milieu du flot très dense de visiteur ; en plus de la queue habituelle pour entrer dans le musée, on attend également à l'intérieur aux portes de l'exposition.

Que ce soit concernant Van Gogh ou Antonin Artaud, on comprendra surtout le sens de certaines œuvres, les évènements qui ont enclenché leur conception, le contexte de travail du peintre, et d'autres éléments complémentaires de notre connaissance de Van Gogh, notamment grâce des cartels généreux. Néanmoins, je n'ai trouvé aucune information complémentaire sur le site du musée, contrairement aux expositions précédentes.

Pour vous donner une idée de la précision de l'exposition, quelques exemples de concepts que j'ai pu retenir :

  • Le Fauteuil de Gauguin symbolise la tension entre les deux amis (Van Gogh et Gauguin), l'ombre violette symbolise leurs caractères opposés

Van Gogh, Le Fauteuil de Gauguin, 1888

  • Son psychiatre, le Dr Gachet, l'obligea à peindre jusqu'au bout malgré sa maladie. Passionné d'arts, il offrit à Van Gogh un confort matériel propice à la création. Le peintre, doutant de son professionnalisme, ne reste qu'un mois et demi chez lui, mais cette période reste mystérieuse. Les œuvres de cette époque, entachées par la réputation de faussaire que traîne le Dr Gachet, ont fait l'objet d'une exposition à Orsay en 1999.
  • Dans ses dessins, Antonin Artaud avait pour objectif de reconstituer l'unité corps-esprit détruite par la maladie et les électrochocs.

Informations pratiques sur l'exposition Van Gogh - Artaud au musée d'Orsay :


Jusqu'au 6 juillet 2014

Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h (dernier accès billetterie à 17h), le jeudi jusqu'à 21h45
Je vous recommande vivement de venir à l'ouverture, quelque soit le jours de la semaine ; il y a beaucoup de monde à la nocturne. Réserver un billet coupe-file ne vous dispensera pas du monde dans l'expo.
Gratuit pour les 18-25 ans sans réservation, avec réservation : 11€-TR 8.5€

Durée de visite : 45min


Constance Jacquot


jeudi 20 février 2014

Joan Fontcuberta retourne le cerveau dans son expo à la Maison Européenne de la Photographie

L’exposition Camouflages de Joan Fontcuberta est une délirante leçon de manipulation à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 16 mars 2014.


La Maison Européenne de la Photographie (MEP) rentre complètement dans le jeu de Joan Fontcuberta, photographe-artiste de l’illusion et du détournement, en proposant un parcours d’exposition et une scénographie qui nous coincent dans son univers factice et pourtant si réel.

Le photographe nous fait croire à l’inénarrable de salle en salle, autour de thèmes variés traités dans le détournement de la réalité. Les 3 étages de l’exposition sont comme une mise en abime d’une œuvre qu’on ne quitte qu’une fois sorti. Les panneaux et cartels présentent chaque projet et chaque thème comme une recherche scientifique sérieuse et précise et dont on peine à remettre en cause de la crédibilité.

Le propos global de l’exposition, au-delà de susciter des gloussements, porte sur la vérité des images qui nous entourent. Le travail artistique est toujours une réalité factice même si la forme est réaliste et les artistes n’ont aucun scrupule à nous mentir [Joan Fontcuberta a fait des études de communication avant de se consacrer à l’art – CQFD]. Si Joan Fontcuberta peut nous manipuler, alors les médias le peuvent aussi.

La manipulation de l’information est le fil conducteur des salles Spoutnik et Déconstruire Osama qui détourne la couverture de faits historiques, à la frontière d’un mauvais goût jouissif et hilarant.

Déconstruire Osama et  Spoutnik © Joan Fontcuberta

Spoutnik © Joan Fontcuberta

Joan Fontcuberta nous livre aussi ses théories scientifiques dans les séries Herbarium, Fauna et Sirènes. Les textes accompagnant les images, extrêmement sérieux et dont la charte éditoriale pastiche avec brio la description scientifique pour le non-initié, inhibent notre capacité à discerner le vrai du faux… quand en l’occurrence tout est faux.

Herbarium, Fauna et Sirènes © Joan Fontcuberta

Les photographies de Constellations et Orogenèse nous font croire à de belles images de paysages, en nous laissant quelques indices sur leur tromperie.

Constellations : non pas une photo mais de la peinture © Joan Fontcuberta 
Orogenèse : des images réalisées « numériquement » © Joan Fontcuberta

La série qui m’a paru la plus vicieuse et donc la plus réussie est celle L’Artiste et la Photographie et tente de nous démontrer que les grands artistes espagnols Dalí, Miró, Tapies et Picasso étaient des photographes avant d’être des peintres.

L’Artiste et la Photographie © Joan Fontcuberta

Enfin, la moins subtile à mon goût mais pas la moins drôle : Miracle & Cie.

Miracle & Cie © Joan Fontcuberta

Tout au long de l’exposition, on y croit, un sursaut de lucidité nous vient, donc on se sent stupide d’être tombé dans le panneau mais dès la salle suivante le propos de Joan Fontcuberta est mis en images avec une technique si précise qu’on replonge ; le doute est permanent. Passionnant, mais j’en ai presque regretté l’absence de recul critique et d’accompagnement dans la compréhension de son travail.

Infos pratiques sur l’exposition Joan Fontcuberta à la Maison Européenne de la Photographie :


Jusqu’au 16 mars 2014

Durée de visite : 1h

Victime de son succès, il faut bien compter 20 minutes d’attente en fin d’après-midi et les week-ends, jusqu’à la fermeture. Même avec cette affluence, la visite reste fluide, car c’est le passage à la caisse (une seule pour tout le flux de public) qui ralentit l’entrée. Une bonne occupation pendant cette attente : la MEP est assez avare de contenu autour de l’exposition, pour mieux en profiter je vous recommande quelques rapides recherches avant la visite.

Du mercredi au dimanche de 11h à 19h45
Tarif 8€ / TR 4,5€ / gratuit le mercredi à partir de 17h

Plus d’informations sur le site internet de la Maison Européenne de la Photographie

Constance Jacquot
Publié sur Mother Shaker

lundi 10 février 2014

Expo de dessin contemporain : la donation Guerlain au Centre Pompidou

Le Centre Pompidou expose une sélection d’œuvres de la donation de dessins contemporains de la Fondation Guerlain. A travers 200 artistes originaires de 38 pays, l’exposition amène une vision globale sur les possibilités et les variations de cet art.


Le dessin est un art à part entière et a la particularité d’être à l’origine de tout processus créatif, universel et intemporel : c’est le premier geste de chaque artiste, le plus direct du cerveau à la main. Et pourtant, il peine à être considéré comme un art majeur, au même titre que la peinture ou la photographie, auprès des institutions et des collectionneurs.

La Fondation d’entreprise Guerlain a donc pour vocation la reconnaissance du dessin contemporain, notamment à travers le « Prix de dessin Guerlain », qu’elle a créé en 2006. La donation Guerlain au Centre Pompidou compte 1200 œuvres, dont celles des nominés. Leur intégration à la collection du Musée National d’Art Moderne et leur exposition devraient donner plus de valeur à cette technique et susciter de nouvelles vocations de collectionneurs, d’autant que le marché du dessin est parmi les plus accessible financièrement.

L’exposition du Centre Pompidou est située dans la galerie d’art graphique, à l’intérieur même du Musée National d’Art Moderne (donc gratuit pour les – 25 ans). On nous emmène à la découverte de toutes les possibilités offertes par le dessin : styles, traits, outils, supports et sujets sont sont montrés dans tout leur variété.

Claire Morgan – Ophelia (extrait) – 2009 – mine graphite, aquarelle et résidus de canard sur papier

Réalisations à l’encre, coulures, collages et même utilisation de fiente de canard, le dessin contemporain est loin de se restreindre à la mine et regroupe des supports et outils qui nécessitent de rassembler d’autres compétences que le coup de crayon.

Bernard Moninot – Ombres – 1981 – résine acrylique, pigment et noir de fumée fixée sur verre

Le dessin permet un graphisme très précis et détaillé, contre-balancé par la légèreté des décors et fonds. Le sujet est souvent le seul élément de la composition avec une large place laissée au blanc du papier.

Fabien Mérelle – Paul d’Aubervilliers – 2010 – encre sur papier

La collection de dessins contemporains de la Fondation Guerlain contient aussi bien des œuvres aux sujets actuels et lourds que d’autres plus légères et poétiques. La volonté de l’exposition d’approcher de l’exhaustivité se ressent bien dans le choix très international des artistes.

Pavel Pepperstein – Kandinsky tower (extrait) – 2007 – encre et aquarelle sur papier

Rina Banerjee – Wishing waters and grey spells enchanted her funny foe – 2009

Le dessin contemporain joue aussi avec l’abstraction.

Thomas Müller – 2010 – lavis et mine graphite sur papier


On se rend également bien compte au fil des œuvres, regroupées par artistes et par thèmes, que les notions de présentation et de mise en scène s’appliquent aussi au dessin.

Sandra Vasquez de la Horra – 2003-2011


Tous les publics trouveront leur compte dans l’exposition de dessins contemporain de la donation Guerlain :

  • Les amateurs d’art découvriront de nombreux nouveaux artistes et le travail au dessin d’autres qui se fait connaître grâce à d’autres techniques (par exemple Penone, dont on connait les sculptures d’art mais moins les dessins de cerveaux).

Giuseppe Penone – Foglie del Cervello – 1990 – empreintes au carbone et bandes adhésives sous verre

  • Les artistes seront inspirés par la multitude de supports, médiums et thèmes abordés.
    • Les novices s’y retrouveront aussi car, bien que dense, l’exposition est d’une lecture facile : les dessins sont moins chargés que des toiles et permettent un décryptage plus facile et l’exposition guide le visiteur grâce aux regroupements thématiques et par artistes. On regrette cependant qu’il n’y ait pas plus de ressources à disposition : le site et les dépliants disponibles sur places sont bien trop légers.
    Je recommande d’autant plus cette exposition de la Fondation Guerlain que la visite en est très fluide, certainement grâce à son installation dans l’espace de la collection permanente, dont la présentation vient d’ailleurs d’être renouvelée.

    Infos pratiques sur l’exposition de la donation Guerlain au Centre Pompidou :


    Jusqu’au 7 avril 2014

    Durée de visite : 45 min
    De 11h à 22h (fermeture des caisses à 20h), tlj sauf mardi
    Gratuit pour les -25 ans, sinon 13€/10€

    Site de l’exposition

    Constance Jacquot
    Article publié sur Mother Shaker

    mardi 4 février 2014

    Zeng Fanzhi, l’expo perturbante du MAM…

    Les artistes contemporains chinois, poids lourds du marché de l’art international mais encore peu présentés dans les institutions, gagnent en notoriété et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris s’inscrit dans la tendance avec la rétrospective de Zeng Fanzhi, exposé pour la première fois en France.


    Vous avez jusqu’au 16 février 2014 pour découvrir dans cette expo au contenu et au tarif accessibles ce peintre pékinois bien connu des collectionneurs mais moins du grand public se reconnaît à son style marqué par la croisée des inspirations traditionnelles et modernes. Les peintures de Zeng Fanzhi sont chargées de références picturales et se révèlent de plus en plus déroutantes au fil de la visite, avec un coup de pinceau à la Pollock et un univers glauque comme celui de Bacon.

    Zeng Fanzhi – Pure Land – Huile sur toile 2012 – Courtesy Gagosian Gallery

    Dans les peintures de Zeng Fanzhi s’entrechoquent les influences picturales asiatiques et occidentales : les paysages chinois sont interprétés avec un graphisme pop art et expressionniste, des tableaux obscures et abstraits côtoient les thèmes politiques mais sans engagement de cet artiste resté en Chine mais mondialement vendu. Pure Land, peinture monumentale en 4 panneaux de plusieurs mètres de long, emprunte le sujet et le traité des branchages à la peinture traditionnelle chinoise sur des couleurs très pop pour le paysage avec un trait qui pourrait appartenir à un artiste expressionniste abstrait.

    L’exposition, antéchronologique, commence par les œuvres les plus récentes de Zeng Fanzhi, et certainement les plus impressionnantes par leur format et la vivacité du coup de pinceau. Les images et paysages même figés dans la toiles paraissent dynamiques grâce au talent de Zeng Fanzhi et l’œil y voyage facilement, angoissé par l’absence d’humains au profit d’animaux démesurés.

    Zeng Fanzhi – Hare (Lièvre) – Huile sur toile 2012 – Collection Pinault

    Cette rétrospective du MAM met en exergue le travail sous forme de séries de Zeng Fanzhi, dont l’une des plus perturbante est celle des masques, nourrie par l’idée que personne ne peut vivre sans masque dans nos sociétés modernes, surtout dans le Pékin grouillant de l’artiste.

    Zeng Fanzhi – Mask Series no.08 – Huille sur toile 1997 – M+ Sigg Collection

    Zeng Fanzhi – Portrait – Huile sur toile 2004 ©Zeng Fanzhi

    On retrouve dans cette série d’une part des symboles de l’esthétique socialiste récurrente en peinture tels que les foulards rouges, les fleurs colorées kitsch, et d’autre part des éléments déroutants comme les pupilles en croix. The Last Supper est une citation directe de l’œuvre de De Vinci mais aussi une analogie avec une réunion politique.

    Zeng Fanzhi – The Last Supper – Huile sur toile 2001

    La dernière salle de l’exposition Zeng Fanzhi est un point orgue de bizarroïdité avec des scènes d’abattoirs…

    Informations pratiques de l’exposition Zeng Fanzhi au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris :


    Jusqu’au 16 février 2014

    Du mardi au dimanche de 10h à 18h et le jeudi jusqu’à 22h
    Une expo très calme même le week-end

    Tarifs : 3,5€ à 7€
    Durée de visite : 40 min

    Site de l’exposition

    Constance Jacquot
    Publié sur Mother Shaker

    vendredi 24 janvier 2014

    Brassaï clame son amour pour Paris à l’Hôtel de Ville

    Brassaï l’a dit, il ne manque que 2 lettres à « Paris » pour devenir « Paradis ». Cette exposition gratuite prolongé jusqu’au 29 mars 2014 (tel est son succès !) par l’Hôtel de Ville de Paris est dédiée à la beauté et au(x) charme(s) de la capitale et des parisiens, à travers le talent du photographe qui lui a dévoué 50 ans de travail.

    Le Baiser, 1936


    L’exposition Brassaï nous éloigne des clichés en noir et blanc très intégrés à l’imagerie parisienne -escaliers menant à Montmartre, amoureux sur les quais, gargouille surveillant les toits, etc. Le photographe, arrivé à 25 ans de sa Roumanie natale, a immortalisé les quartiers, les métiers et la vie des parisiens à partir des années 30, nous laissant ainsi un témoignage indélébile de cette époque révolue.

    Chaque cliché s’attache à un sujet dans un cadre étroit, aussi bien un parisien, que du mobilier urbain ou qu’une façade d’immeuble. Plutôt que de s’appuyer sur la beauté esthétique de Paris, Brassaï personnifie actions et sentiments dans ses personnages capté par son objectif ; même les grilles des parcs et rebords de fenêtre prennent vie.

    La colonne Morris, 1933 et Le ruisseau qui serpente, 1931-32

    Brassaï n’utilisait pas de lumière artificielle et attrapait dans l’instant la lumière juste, créée par le hasard des phares d’une voiture ou d’un lampadaire. Ses photographies de Paris de nuit sont caractérisées par cette méthode et par une atmosphère épaisse et brumeuse. Les sujets du Paris nocturne et bohème représentent souvent le mouvement et la notion de passage, immortalisant ainsi l’éphémère.

    Allumeur de réverbère, 1933
    Coulisses des Folies Bergères, 1933

    L’exposition Brassaï présente également un pan de son œuvre méconnue du grand public autour des graffitis, qu’il a collectionné dès son arrivée à Paris sous forme de croquis puis de photos. Ces éléments ont servi de maquettes pour constituer une tapisserie en laine qui peut être vue comme une « galerie » de graffiti. Cette œuvre surprenante ouvre l’exposition et invite ainsi le visiteur à oublier ses préjugés sur Brassaï afin d’être prêt à admirer l’étendue de son talent.

    Informations pratiques sur l’exposition Brassaï, Pour l’Amour de Paris :


    Jusqu’au 29 mars 2014
    A l’Hôtel de Ville de Paris, du lundi au samedi de 10h à 19h
    Attention :  il faut prévoir 30 min de queue minimum pour entrer, même en semaine

    Accès gratuit

    Durée de la visite : 1h

    Pour avoir un aperçu, la ville de Paris a édité une application Ipad/Iphone avec une trentaine de photos de l’exposition.

    Constance Jacquot
    Article publié sur Mother Shaker