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lundi 17 juin 2013

Keith Haring et son exposition "The Political Line" au musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Keith Haring 1982 (il ne donnait pas de nom à ses
oeuvres pour ne pas influencer le spectateur)
Avis sur l'expo Keith Haring "The Political Line" au musée d'Art Moderne de la ville de Paris : est-elle à voir ou non ? OUIII !!! Visiter l'expo "The Political Line" est un grand moment de découverte et de compréhension artistique, et ce de façon totalement distincte du graphisme ou de la technicité de Keith Haring qui peuvent ne pas plaire.

J'étais loin d'être une fan acquise de Keith Haring. Je trouvais son dessin et son trait simpliste et son propos un peu facile. Et pourtant, "The Political Line" est l'une des expositions les plus passionnantes que j'ai jamais visité.



Les thèmes et la chronologie dans l'expo "The Political Line"

Dans "The Political Line", le MAM présente le travail de Keith Haring sous un aspect thématique puisque chaque salle est dédiée à un engagement politique de l'artiste, avec une certaine chronologie sous-jacente puisqu'évidamment ses préoccupations évoluèrent au long de sa vie. Ce "classement", soutenu par le panneau explicatif à l'entrée de la salle, facilite l'immersion du spectateur dans le message artistique. De plus, Keith Haring est un artiste très explicite et très franc, on est capable de lire ses peintures comme un livre ouvert. Il travaillait très vite, sans se repentir, sans pause, et ne laisse ainsi aucune place au superflu ni à l'ornemental, tant dans la forme que dans le fond.

Chaque icône, chaque geste, chaque répétition est porteur de sens. Il a créé son propre alphabet pour parler au monde. En plus de cette force conférée à ses messages, ses toiles interrogent notre vision de l'art et notre culture. Sa grande spontanéité suscite un doute sur l'achèvement de ses peintures et il revendique même la vente d'un travail qui n'est finalement jamais achevé, tout en renonçant au concept de "valeur" d'une oeuvre en choisissant des supports tels que des bâches plutôt que des toiles.
Sa technique de dessin est "simple" mais assumée, il opposait son style à celui de la Renaissance, où les artistes cherchaient à représenter le vivant, tandis que lui veut le créer par son trait, donnant ainsi un dynamisme et un mouvement perceptible à ses dessins, soutenu par les couleurs vives et franchement contrastées ainsi que par les sujets représentés : corps animés, êtres en transformation, animaux violents, foules enivrées...
Keith Haring 1981

Keith Haring 1985

Keith Haring 1981

Keith Haring 1984

Keith Haring est un artiste facile à comprendre

La satisfaction pour le visiteur de comprendre est immense (personnellement j'ai lu le dossier pédagogique avant la visite, qui convient également très bien aux adultes !) Ses messages n'ont pourtant rien de simplistes. Keith Haring a beaucoup exploité son esthétique qu'on a souvent vu sur divers objets, mais isolé sur une bâche, l'attention n'est pas détournée par le support et le message prend davantage de force. Evidemment, il dénonce le racisme et le capitalisme en masse, mais fait preuve d'une grande nuance dans sa critique de la religion. Il partage sa vision de l'évolution de la planète aux niveaux nucléaires et écologiques, et nous représente comme décisionnaires de ce futur. Il se montre également visionnaire dans sa représentation des médias et de leur incidence sur nos vies, notamment par le remplacement des têtes par des écrans. Il prônait également l'hégémonie de l'individu face à l'Etat et la masse et l'accès de l'art à tous, notamment par ses dessins dans le métro et sur divers batiments.
Keith Haring 1985

Keith Haring 1982





Avec cette dernière idée, l'exposition "The Political Line" nous présente ses actions concrètes pour amener l'art à tous : dessins dans le métro, peintures murales, etc... Ses "pop shops", magasins d'objets dérivés de son graphisme, peuvent aussi être considérés comme une volonté de sa part de diffuser l'art dans le quotidien de chacun.

Le MAM a fait des choix très judicieux en choisissant l'angle politique pour présenter Keith Haring et grâce à cette structure thématique. L'exposition est très agréable à visiter même lorsqu'il y a du monde, les pièces sont immenses et quasiment en continu, les supports mixés dans chaque salle pour avoir aussi bien des toiles aux murs que des objets au centre. De plus, les oeuvres sont de très grands formats, ce qui garantit au moins une bonne visibilité, au mieux une incroyable immersion.

Les phrases pour frimer :
  • "L'art naïf, c'est naze ou c'est génial. Keith Haring est absolument génial, ses traits simplistes prennent une telle profondeur."
  • "Tu peux comprendre Keith Haring comme tu lis un livre, grâce à ses icônes et symboles récurrents qui te racontent la toile."
Vous pouvez prendre des photos et le journal de l'exposition, qui fournit un bon support de visite et un souvenir de visite bien suffisant, ne coûte que 3€.

Information sur l'expo Keith Haring "The Political Line" au musée d'Art Moderne de la ville de Paris :
Jusqu'au 18 août 2013
Durée de visite : 40 min minimum, 1h suffit à prendre le temps de tout comprendre, et prévoir plus pour les acharnés qui veulent lire tous les hiéroglyphes
Tarifs : 11€ / 8€ / 5,5€ 
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi en nocturne jusqu'à 22h (=> à privilégier, c'était parfait)
Il y a encore beaucoup de monde le week-end (30m de queue à l'extérieur du MAM) mais les billets coupe-file semblent efficace il n'y avait que quelques personnes qui attendaient. 

lundi 1 avril 2013

Avis sur le livre "Aimer (quand même) le XXI° siècle" de Jean-Louis Servan-Schreiber

Aimer (quand même) le XXI° siècle de Jean-Louis Servan-Schreiber : est-il à lire ou non ? C'est un livre plein d'optimisme et qui donne à réfléchir, tout en restant accessible à un large public. Le style est clair et absolument pas pédant, contrairement à ce dont je m'attendais.

Jean-Louis Servan-Schreiber est d'une grande justesse, il ne verse dans aucun excès pour nous livrer ces quelques clés pour mieux vivre notre époque. Il démontre que même si nous avons l'impression que tout était mieux avant du fait des problèmes économiques, nous vivons mieux qu'il y a 50 ans, et les avancées technologiques sont tout de même porteuses d'espoir.

Le centre de sa réflexion est à propos du numérique et de ses conséquences, dans le contexte d'incertitude que nous peinons à éviter.

Le numérique a, depuis 15 ans, radicalement changé nos vies, de façon comparable à l'invention de l'imprimerie au XV° siècle, ce qui permet à l'auteur de comparer le XXI° siècle à une nouvelle Renaissance. Mais cela ne va pas sans paradoxe ni inconvénient.
Notre mémoire s'externalise de plus en plus, grâce aux informations disponibles sur internet et sur nos machines constamment à portée de main. Cette réalité accroît notre dépendance à ces machines, ce qui crée invariablement un stress.
La disponibilité de ces technologies sensées faciliter notre vie et notamment la communication peuvent nous plonger au contraire dans la solitude. Cette hypercommunication, rendue possible grâce à l'omniprésence des appareils mobiles, devient excessive, encombrante et donc difficilement gérable. On pourrait potentiellement connaître des millions de personnes mais nous n'en choisissons que quelques unes. Nos liens avec autres peuvent devenir multiples avec facilité mais demeurent toujours aussi faibles, l'omniprésence d'écrans font au sens étymologique du terme "écran" justement. Le numérique et l'évolution qu'a pris notre mode de vie devenu très individualiste, avec par exemple l'éclatement de la famille, l'augmentation des temps de trajet, génère plus de solitude qu'avant, parfois subie, parfois choisie, et nous force à une grande adaptabilité entre moments seuls et en groupes, même avec des gens qu'on ne choisit pas (au travail...).
Le virtuel est devenu notre nouveau réel et la période d'adaptation durera sans doute encore une ou deux décennies.

Cette technologie, comme beaucoup, permet de répondre à nos désir, tout en en créant de nouveaux, mais ne répond pas au vide de notre âme.

En plus de ce thème centrale récurrent, Aimer (quand même) le XXI° siècle aborde aussi, entre autres, la perte des racines, des repères, des croyances, l'accélération incontrôlable du quotidien (que Servan-Schreiber a déjà traité dans Trop vite !), la surinformation... Pour lui, le plus grand enjeux auquel nous avons à faire est la préservation de la planète.

J'espère que ces quelques lignes vous auront donné envie d'en lire plus car n'importe qui peut puiser de l'espoir dans les pages d'Aimer (quand même) le XXI° siècle et ça fait du bien !


Constance Jacquot

mardi 12 mars 2013

Avis sur l'exposition "Sous influences, artistes et psychotropes" à la Maison Rouge

Avis sur l'expo "Sous influences, artistes et psychotropes" à la Maison Rouge à Paris : est-elle à voir ou non ? C'est une excellente occasion de découvrir ce lieu d'exposition parisien du quartier de Bastille, qui est en fait une fondation privée créée à l'initiative du collectionneur Antoine de Galbert en 2004.

Peut-être moins connue d'autres lieux parisiens (d'ailleurs, c'est la première fois que je m'y rendais), cette fondation n'a rien à envier à ses consœurs parisiennes et autres musées plus connus et nous le montre avec cette exposition "Sous influences, artistes et psychotropes" longue, riche, intéressante et accessible à un très large public.

Swinging Corridor de Carsten Höller
Cette exposition de la Maison Rouge présente les travaux d'artistes drogués qui avaient le soucis de transmettre en termes plastiques l'expérience intime de la prise de substances et de ses conséquences.
Le passage entre le hall d'entrée et l'exposition est matérialisé par le Swinging Corridor de Carsten Höller, long couloir sensé prodigué une expérience sensorielle qui fait perdre au visiteur qui la traverse ses repères... Cet effet là n'est vraiment pas réussi, mais la pièce fait office de sas.

A l'entrée brûle de l'encens au parfum d'opium... sauf le jour où j'y suis allée, un dimanche après-midi de forte influence durant lequel l'encens n'avait pas été rallumé.


On découvre au fil des pièces des travaux d'artistes drogués notoires (Cocteau, Artaud, Picabia...) justement "sous influence", des pièces évoquant la consommation de stupéfiants, avec un point de positif ou négatif sur cet acte, des photos représentant justement cette acte de consommation... Malgré sa richesse, j'aurai aimé mieux comprendre le lien entre les effets physiques des drogues, à travers le prisme scientifique (cette part manquait), et l'expression des effets ou du manque de façon plastique.
Yayoi Kusama

American Express de Raymond Hains

Néanmoins, on peu féliciter l'effort de la Maison Rouge de fournir un guide visite de "Sous influences" très complet, pièce par pièce, et d'avoir créer une scénographie à la circulation facile même un jour d'affluence.

Infos pratiques sur l'exposition "Sous influences, artistes et psychotropes" à la Maison Rouge :
Durée de visite : facilement 1h
10, bd de la Bastille (M° Quai de la Rapée)
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h
Tarif : 8 € / TR 5,5 €

Constance Jacquot

dimanche 6 janvier 2013

Avis sur le musée Jean Cocteau à Menton

Avis sur le musée Jean Cocteau à Menton : est-il à voir ou non ? J'ai été déçue, à réserver plutôt aux inconditionnels de son théâtre et de son cinéma.

Le musée Cocteau est composé du Bastion, partie la plus ancienne qui abrite ses peintures et céramiques de l'artiste, autour du thème du couple, avec de nombreuses figues monstrueuses. C'est onirique et très coloré et m'a beaucoup plus, malheureusement peu d'oeuvres sont présentées.
Ce musée a été réalisé par Cocteau lui-même juste avant sa mort, il a notamment réalisé les mosaïque qui orne le bastion.



La partie récente du musée a ouvert en novembre 2011 grâce à la donation d'un collectionneur passionné de Cocteau, Séverin Wunderman. Sur les 1800 pièces données (dont 990 de Cocteau), 200 sont accrochées et tournent, dans un magnifique bâtiment dessiné par l'architecte Rudy Ricciotti. Ce design est pour moi l'attrait principal du musée, aussi étonnant de l'extérieur que de l'intérieur. Dans le décor assez traditionnel de Menton, surtout qu'il est situé en face du vieux marché couvert, il donne un coup de modernité de façon très esthétique. A l'intérieur, on voit le ciel bleu à travers les fissures des vitres dans le marbre.

La collection du musée Cocteau présente beaucoup d'oeuvres autour du cinéma et du théâtre : dessins, photos, extraits de film, dont beaucoup sont consacrées à Sarah Bernhardt et Jean Marais. J'ai été déçue de ne pas voir plus de travaux préparatoire de Cocteau, comme des croquis de décors ou de costumes, ainsi je pense que seront surtout intéressés les passionnés de cinéma.
La visite s'est donc fait rapidement pour moi, en 45 minutes, et j'ai trouvé le prix assez élevé : 6€ ou 3€ en TR. Au moins, c'est un espace d'exposition très calme (même pendant les vacances).

Informations pratique sur le musée Jean Cocteau à Menton
Ouvert de 10h à 18h, nocturnes en juillet et août le vendredi jusqu’à 22h

Constance Jacquot

dimanche 16 décembre 2012

Avis sur l'expo "L'art en guerre" au musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Avis sur l'expo "L'Art en guerre" au MAM : est-elle à voir ou non ?

A voir ! C'est une exposition très forte qui met en parallèle un événement historique de premier plan et sa production artistique et démontre que l'art est la plus haute manifestation de l'humanité, car il résiste même en tant de dictature destructrice.

L'expo "L'Art en guerre" du MAM présente l'oeuvre artistique en France qui a échappé au contrôle de l'occupant allemand, du Reich et du gouvernement collaboratif, pendant la seconde guerre mondiale.
La chronologie de l'exposition correspond aux différents évènements qui sont survenus dans l'histoire de cette guerre : la déportation, la résistance, la libération etc...  appuyée par des documents tels que photographies, décrets et affiches officiels.

A l'occasion de cette visite, j'ai découvert la nouvelle identité graphique du musée d'Art Moderne. La scénographie est aussi innovante pour le musée et m'a un peu rappelé ce qu'on peut voir au Grand Palais ou au musée du Luxembourg. Les murs sont dans tons gris, les pièces sont plutôt en longueur, un peu sombres. Le rendu est assez esthétique.
Chaque salle suit une thématique ou un moment de l'histoire. Elles sont de bonne taille, c'est à dire pas trop longue à parcourir, ce qui rend la visite dynamique. L'accrochage est par contre très dense, je trouve ça fatiguant personnellement. Les panneaux accompagnant la visite ne sont pas avares d'explication et on s'immerge ainsi facilement dans chaque salle.

L'exposition ouvre sur une salle sensée rappeler l'ambiance de la grande retrospective internationale du surréalisme de Paris de 1938, qui avait réunit des artistes très politisés de l'époque. Ce choix fait office d'introduction prémonitoire à l'exposition. Si la tentative est originale, je ne suis pas convaincue du rendu.

Les salles de "L'Art en guerre" abordent de nombreux thèmes, ceux qui m'ont le plus marquée :
  • Les artistes dans les camps. Ils produisaient pour s'échapper de leur insoutenable situation et conserver une dignité et une humanité. Leur histoire m'a fascinée et m'a d'autant plus convaincu que l'art est l'une des plus haute manifestation de l'esprit humain et que c'est l'élément clé qui  nous différencie des animaux. Les panneaux explicatifs décrivaient une production étonnante par son choix (par défaut) de matériaux et media, j'ai justement été un peu déçue car cette variété écrite n'est pas montrée dans le choix d'oeuvres.
  • Les artistes qui se sont cachés en France. Leur productivité a été importante, envers et contre tout. Leur créativité s'est comme débattue contre le joug intellectuel du nazisme. Là encore, la manifestation de l'art comme lutte pour garder son humanité m'a touché. Une salle est dédiée à Picasso pour illustrer cette production à travers un choix d'oeuvres très éclectique. Une autre est dédiée à la galeriste Jeanne Bucher qui a eut le courage de protéger les artistes "résistants".
Infos pratiques de l'expo "L'Art en guerre" au musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
Du 12 octobre 2012 au 17 février 2013
Temps de visite : 1h, mais on peut y passer facilement 1h30
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne jusqu'à 22h le jeudi
Visites guidées sans réservation : mardi 14h30, mercredi 12h30, jeudi 17h et 19h, samedi 16h, dimanche 14h30 et 16h.
Tarifs très corrects : 11€ / 8€ / 5,5€ (-26 ans) Accès aux expos permanentes gratuit

Le petit livret de l'exposition "L'Art en guerre" coûte le prix dérisoire de 3€ !!!

Toutes les informations sur le site du musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Constance Jacquot

lundi 22 octobre 2012

Avis sur l'expo d'Adel Abdessemed "Je suis innocent" au Centre Pompidou

Avis sur l'expo d'Adel Abdessemed "Je suis innocent" au Centre Pompidou : est-elle à voir ou à ne pas voir ?

A voir sans aucun doute ! Qu'on aime ou pas, il faut reconnaître la redoutable efficacité de ces oeuvres contemporaines auprès du public.




Adel Abdessemed est un artiste contemporain qui jouit d'une grande reconnaissance à 41 ans à peine. Il a déjà exposé au PS1 MoMA à New-York, au MIT à Boston, a eu pour galeriste Kamel Menour et a aujourd'hui pour mécène François Pinault.
Décor, série de 4 sculptures en fil barbelé, 2011-2012

Adel Abdessemed est décrit comme un artiste qui se nourrit de l'actualité et de l'histoire contemporaine pour la transcender à travers la violence et la destruction. J'ai retrouvé douleur et pessimisme dans cette exposition "Je suis innocent". Son oeuvre est plutôt facile à comprendre et donc assez grand public. Le premier contact est frappant et on saisit rapidement, voire immédiatement, le contexte socio-politique et le message "métaphysique" de l'oeuvre. C'est un aspect critiquable du travail d'Adel Abdessemed mais qui pour ma part m'a apporté beaucoup de satisfaction en tant qu'amateur. Les oeuvres parlent à tous et suscitent l'émotion.
Hope, 2011-2012
Cette oeuvre symbolise évidemment les désastres humains de l'immigration clandestine.
L'exposition d'Adel Abdessemed est dans la galerie sud au niveau de la piazza Beaubourg et s'ouvre sur l'extérieur et notamment sur les sdf, installés le long des baies vitrées comme un écho aux oeuvres.
Wall, drawing, 2006
Des cercles nets et parfaits, construits avec du fil barbelé semblable à celui de Guantanamo, symbole universel de douleur.

Les oeuvres les moins accessibles seront sans doute les courtes vidéos jouées en boucle et très sonores.

Infos pratiques sur l'expo d'Adel Abdessemed "Je suis innocent" au Centre Pompidou :
Du 3 octobre 2012 au 7 janvier 2013
Tlj sauf mardi de 11h à 21h
Durée de visite : 20 minutes
Tarifs : 13€, réduit 10-11€ (donne accès à toutes les expositions du Centre Pompidou et au musée)
Les passes annuels proposent des prix très intéressants (pour les jeunes, elle est largement amortie en 3 visites)

N'hésitez pas à compléter votre visite sur le Centre Pompidou Virtuel : http://www.centrepompidou.fr/cpv/ Le site est à améliorer mais c'est une très belle initiative.

Constance Jacquot

dimanche 21 octobre 2012

Avis sur l'expo "Le cercle de l'Art Moderne, Collectionneurs d'avant-garde au Havre" au musée du Luxembourg

Avis sur l'expo "Le cercle de l'Art Moderne, Collectionneurs d'avant-garde au Havre" au musée du Luxembourg : est-elle à voir ou ne pas voir ?

A voir car c'est un sujet original. Explications :

J'ai été certes un peu déçue par le contenu de l'exposition mais en me penchant sur l'histoire du cercle de l'art moderne, ce collectif de collectionneurs et artistes basé au Havre actif entre 1906 et 1910, j'ai compris tout l'intérêt du thème choisi par le musée du Luxembourg : le cercle de l'art moderne est un exemple rare de décentralisation de la scène artistique française.

L'histoire du cercle de l'art moderne
La ville du Havre s'est développé touristiquement et culturellement grâce à la ligne de chemin de fer Paris-Le Havre durant la 2e moitié du XIXe siècle. Une société des amis des arts est constituée et le musée est ouvert en 1945. Une nouvelle génération de collectionneurs affirment leur goût pour l'art contemporain et influent la commission d'achat du musée pour y introduire ces nouveaux artistes.
Le cercle de l'art moderne est fondé en 1906 par ces collectionneurs, le plus connu est Olivier Senn. Ils entretiennent des rapports étroits avec certains artistes et les invitent à venir peindre au Havre. Le cercle de l'art moderne s'intéresse aux précurseurs de l'impressionnisme (Courbet...), aux impressionnistes (Monet, Pissaro, Degas...), post-impressionnistes, nabies et fauves. Malgré la qualité des 4 expositions organisées, le cercle de l'art moderne se dissout en 1910 suite au dispersement de ses fondateurs.

Mon avis sur l'exposition
Je ne connais que les grands noms de l'impressionnisme et ce n'est pas un mouvement que je privilégie, j'ai donc retrouvé peu d'artistes que je connaissais et ceux que j'ai découvert étaient plus secondaires (sur l'échelle de l'histoire de l'art, je ne dit absolument pas cela de façon péjorative).
Les thèmes des oeuvres étaient évidemment bien souvent Le Havre, la mer, plus une salle de nus. Je pense donc que cette exposition est à privilégier pour les passionnés du mouvement impressionniste, les amoureux des scènes maritimes et navales, ou encore pour le public qui ne va pas souvent dans les expositions et veut voir des jolis tableaux.

Prenez le temps de lire la description de l'exposition sur le site du musée du Luxembourg, de lire les panneaux, le dépliant... pour bien comprendre les oeuvres.

La scénographie est bien pensée, agréables, avec des petites salles très ouvertes autour d'un couloir central. Mais l'exposition est bien courte par rapport au tarif toujours élevé du musée du Luxembourg, en 30 min j'en avais terminé.

Le petit catalogue de l'exposition pour 8 ou 9 €
selon l'éditeur peut être une bonne alternative
Informations pratiques sur l'expo "Le cercle de l'Art Moderne, Collectionneurs d'avant-garde au Havre" au musée du Luxembourg :
Du 19 septembre 2012 au 6 janvier 2013
Tous les jours de 10h à 19h30, nocturne le vendredi et le lundi jusqu’à 22h
Tarifs : 11€, réduit 7,5€
Temps de visite 30 min
Visite guidée d'1h15 tlj à 15h sauf mercredi, à 11h la semaine, à 12h30 le week-end, les lundi et vendredi à 17h30 et 19h
Et pour les enfants le week-end à 11h





Quelques oeuvres choisies justement car elles ne sont pas autour du thème du Havre ou de la mer :
Monet, Le parlement, effet de brouillard, 1903

Marquet, Quai de la Seine, 1905-06
Constance Jacquot

vendredi 12 octobre 2012

Avis sur l'expo "Bohèmes" au Grand Palais

Avis sur l'expo "Bohèmes" au Grand Palais : est-elle à voir ou ne pas voir ?
C'est selon l'intérêt qu'on porte au sujet...

Pourquoi "bohèmes" au pluriel ? J'ai compris deux types de vie bohème. Tout d'abord celle au sens propre, autour des mythes des gitans et autres gens du voyage, de leur mode de vie, de leur musique. Les femmes y sont très représentées, diseuses de bonne aventure et femmes farouches et séduisantes. Ensuite, la vie bohème adoptée par les artistes et les jeunes de certaines classes sociales d'Europe de l'ouest, attirés par son romantisme et sa liberté, adoptant les étoiles pour seul toit et prônant la charité pour seule fortune.

Je ne permettrai pas de juger de la qualité de la sélection d'oeuvres de l'exposition "Bohèmes" au Grand Palais car il est certain qu'une novice comme moi sur le sujet de la vie bohémienne trouve une parfaite cohérence autour de la thématique. Les peintures traversent les XIXe et XXe siècles, on trouve également quelques trop rares objets d'art.

Je m'étais rendue à l'exposition "Bohème" pour voir, au delà de la peinture, des objets de la vie bohémienne permettant de comprendre certaines scènes de vie et surtout des oeuvres littéraires traitant du sujet (la poésie en foisonne) ; or, objet et littérature n'étaient présents qu'en petite quantité, malgré une alcôve dédiée à Rimbaud et Verlaine, figures emblématiques de la vie de bohème.

Cette exposition du Grand Palais conviendra plus aux passionnés de la vie bohème et au public qui ne vient pas souvent au musée car c'est une expo longue, riche et hétérogène. Les "sous-thème" abordés sont courts, nombreux, ce qui donne du dynamisme à la visite, et très bien expliqués. Beaucoup d'oeuvres sont soulignées de cartels généreux de précisions.
Je précise cela car je n'ai pas réussi à rentrer dans l'univers bohémien, et d'autre part l'exposition était trop dense pour que j'en absorbe toutes les découvertes. Si c'était à refaire, je me contenterai de télécharger le e-book d'art pour Ipad à 4,99€.

Détail anecdotique : la première partie présentant des peintures du XIXe siècle montre des oeuvres mêlant gitans et gitanes et femmes et hommes blancs, ce qui est tout à fait surprenant sur un tableau !

Vous pouvez visitez un avant-goût de l'exposition sur internet en 3D à 360° avec une conférencière : http://www.grandpalais.fr/bohemes360/tour.html. Cet outil est vraiment intéressant et je pense que nous devrions aller dans ce sens là pour développer l'expérience culturelle sur internet.

Informations pratiques sur l'exposition "Bohèmes" au Grand Palais
Du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013, tous les jours sauf le mardi de 10h à 20h (nocturne le mercredi jusqu'à 22h)
Durée de la visite : 1h au moins, surtout s'il y a du monde (et il y en a beaucoup !! Pas forcément la queue, mais à l'intérieur)
Plein tarif : 12 euros, tarif réduit : 8 euros (13-25 ans, demandeur d'emploi, famille nombreuse). Gratuit pour les moins de 13 ans bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse.
Je rappelle que la carte Sésame propose des tarifs très intéressants, par exemple : 18€ pour les moins de 25 ans.

Constance Jacquot

jeudi 11 octobre 2012

Avis sur l'expo "Sculpter l'animal" au musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt

Avis sur l'expo "Sculpter l'animal" au musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt : est-elle à voir ou  non ?
A voir avec plaisir si on est amateur de sculpture ou sensible à la beauté animal...

L'expo "Sculpter l'animal" présente comme son titre l'indique une série d'oeuvres animalières de sculpteurs de la fin du XIXe, des XXe et XXIe siècles. Des artistes d'influences variées côtoient des pièces marginales de grands noms (Delvoye, Bugatti, Pompom...)

On découvre des pièces très figuratives, mais aussi stylisées avec humour !
Orang-outang assis les bras écartés de Georges Guyot
Sanglier de Pompom


Les sculpteurs se sont aussi inspirés des différentes cultures et d'époques passées pour leurs stylisations.
Tête de cheval du monument du général Alvear d'Antoine Bourdelle

Les sculpteurs jouent entre les textures de la peau de l'animal et de la couleur et le grain de la pierre.
Tête de cobra de Maurice Prost

Chaque oeuvre de l'exposition de "Sculpter l'animal" est très bien explicitée sur son cartel, à la fois à travers la vie de l'artiste mais aussi sur la sculpture elle-même, ce qui permet de voir et de comprendre des détails qu'on ne verrait pas forcément seul.

D'autre part, d'un point de vue purement scénographique, la mise en scène du Musée des Années 30 est original avec l'usage du parcours en bois aggloméré. Les sculptures sont disposées sur des présentoirs de hauteurs différentes qui confèrent du dynamisme au parcours et l'éclairage tamisé met en valeur les surfaces variables des sculptures.

Le Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt est un lieu de découverte agréable car peu fréquenté, aux tarifs très accessibles (n'hésitez pas à négocier un tarif réduit avec un grand sourire si vous êtes jeune ou étudiant)

Informations pratiques de l'exposition "Sculpter l'animal" au Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt :
Du 13 avril au 28 octobre 2012
Durée moyenne de visite : 40 min en prenant le temps d'observer et de prendre des photos
Tarif : 6 €

Constance Jacquot

vendredi 14 septembre 2012

Avis sur l'expo Wim Delvoye au musée du Louvre

Avis sur l'expo Wim Delvoye au musée du Louvre : est-elle à voir ou à ne pas voir ?
A voir sans hésitation !

L'expo Wim Delvoye est installée dans le département des objets d'art dans les appartements dits de Napoléon III. C'est un cocktail détonnant et original entre ces pièces des arts décoratifs du XVIIIe siècle et ces sculptures contemporaines. Les objets classiques côtoient les détournements de sculptures classiques nickelés et torsadées de Wim Delvoye.

Cette mise en scène d'une petite sculpture de Delvoye dans une vitrine de porcelaines est plutôt rigolote :

Wim Delvoye, ce sont bien sûr les sculptures détournées de la structure des cathédrales gothiques. C'est sur ces oeuvres que la communication de l'exposition du Louvre s'est axée, mais elles ne représentent qu'un tiers des pièces présentées. Leur diversité et leur finesse sont plus frappantes et impressionnantes que les sculptures torsadées.

L'exposition Wim Delvoye présente le travail impressionnant de l'artiste, dans une mise en scène riche et original, avec quelques unes de ses oeuvres pleines d'humour.

Enfin, comme l'exposition est intégrée à l'exposition permanente, son accès n'entraîne pas de coût supplémentaire.

Informations pratiques sur l'exposition de Wim Delvoye au musée du Louvre
Du 31 mai au 17 septembre 2012
Durée moyenne de visite : 40 min + le temps de trouver l'exposition au sein du musée !
Tarif : 11€, gratuit pour les -25 ans

Constance Jacquot

dimanche 15 avril 2012

Avis sur l'expo Christopher Whool au Musée d'Art Moderne de Paris


L'exposition du peintre Christopher Whool est-elle à voir ou à ne pas voir ?
A voir, mais dans le cadre d'une visite complète du Musée d'Art Moderne de la ville de Paris.


Les toiles de Christopher Whool sont très impressionnantes à admirer. On a parfois l'occasion de tomber sur une de ses œuvres dans les expositions, mais là c'est tout à faire différent : l'accumulation de ces toiles, 31 précisemment, dans un même espace, dégage une grande énergie et ne laisse pas indifférent.

L'accumulation dans ce même espace est également le défaut de cette exposition, qui n'est étalée que sur une seule grande salle. Les œuvres sont trop serrées, trop alignées, elles sont toutes confondues et mises au même niveau, si bien qu'il est difficile pour une visiteur connaissant peu Christopher Whool d'apprécier chaque œuvre indépendamment. D'autre part, le Musée d'Art Moderne a été très avare d'explications, sinon quelques notes biographiques. L'exposition veut présenter la démarche de l'artiste, des outils, des procédés, des hésitations, des repentirs, mais on ne la comprend pas sans préparation. Pourquoi la sérigraphie ? Pourquoi les pochoirs? Le visiteur non aguerri n'ira pas s'émouvoir spontanément des hasards et reprises de l'oeuvre de Christopher Whool. Il faut rendre au grand public le droit de comprendre les oeuvres d'artistes aussi subtils que et abstraits, plutôt que de les laisser incompris !
Ma première réaction en arrivant au fond de la salle, au bout de 20 petites minutes, fut un grand "c'est tout?!" extrêmement désabusé. C'est en demandant à un surveillant que je me suis rendu compte qu'il y avait quand même une trentaine d'œuvre. Si c'était à refaire, je préparerait ma visite, en me renseignant sur Christopher Whool, l'œuvre dans son ensemble et le thème de l'exposition, avant de m'y lancer.

Dans tout les cas, ne venez pas au Musée d'Art Moderne uniquement pour l'exposition Christopher Whool : profitez-en pour voir l'exposition sur les artistes mexicains, avec un billet couplé, sinon vous garderez le goût amer du sentiment de vous être fait arnaqué de payer un ticket pour une exposition si courte et brute.

Infos pratiques : Christopher Whool au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris
Jusqu'au 19 août 2012
Demi-tarif : 3€ / Tarif réduit : 4,5€ / Plein tarif : 6€

Constance Jacquot

Avis sur le roman "Mars" de Fritz Zorn

Faut-il lire ou non Mars de Fritz Zorn ?
Oui. 


Fritz Zorn est un auteur méconnu et pour cause, il n'a écrit qu'à la veille de sa mort en 1977. Fritz Zorn est le pseudonyme d'un suisse issu d'une famille riche de Zurich et toute sa vie restera dans la bienséance, la retenue, incapable de vivre, jusqu'à contracter un cancer qui se généralise et l'emporte.

Quand bien même Fritz Zorn peut passer par un enfant trop gâté par la vie et qui a finalement construit sa déchéance intérieure, ce livre est bouleversant par son écriture qui donne la sensation d'entrer dans une âme à vif, et une âme qui souffre, bien qu'elle tente de rester digne.


Fritz Zorn porte un regard sans indulgence sur sa vie et le milieu dans lequel il a évolué. Il décrit sévèrement les non-dit qui règnes dans sa famille, le comportement bien élevé qu'il se doit d'adopter et qui l'empêche de toute relation sociale normale et son incapacité complète à agir : « J’étais intelligent mais je n’étais capable de rien » Fritz Zorn est malheureux et nous partage son désespoir et sa colère qu'il a contenu toute sa vie.

Fritz Zorn refuse de raconter le vécu dans Mars : il ne raconte pas les détails de l’unique dispute de ses parents, ni sa vie de professeur. Il montre ainsi qui n’a pas vécu et concentre le lecteur sur son malaise intérieur. Le style est volontairement sévère pour ne pas être pathétique.

Dans la maison où a grandi Fritz, tous les problèmes sont éludés et reportés au lendemain, ou sur d’autres. Les réponses sont toujours en demi-teinte. Les sujets sérieux de la vie sont toujours « incomparables » ou « compliqués » si bien que le non-dit règne. Ils ne prennent jamais aucune décision tranchée et ferme, les oui mous peuvent aussi bien sous-entendre un non possible, personne n’a d’opinion propre sinon l’opinion générale de leur milieu qu’il est bon de penser. Le corps humain disparait dans la bienséance sociale et la bonne éducation occulte l'unité du corps et de l'âme.
Fritz se rend compte alors qu’il est étudiant qu’il n’est pas normal, mais il est incapable d’agir.
C’est face à la mort que Fritz va pour la première fois ne pas consentir aux évènements et se met en colère contre Dieu et la création. La société dans laquelle il a grandi cherche à l’empoisonner de son désespoir alors que lui voit la mort positivement : « Puisque ma vie fut morte, ô Mort, soit donc ma vie ! » 

Constance Jacquot

Avis sur le roman de Stefan Zweig "La Pitié Dangereuse"


Faut-il lire ou non La Pitié Dangereuse de Stefan Zweig ? 
Oui, définitivement, pour la démonstration très original que la pitié n'est pas un sentiment d'empathie.

La Pitié Dangereuse est un long roman de 1939, un format très inhabituel dans l'œuvre de Zweig.

En 1913, dans une petite ville de garnison autrichienne, Anton Hofmiller, jeune officier de cavalerie, est invité dans le château du riche Kekesfalva. Au cours de la soirée, il invite la fille de son hôte à danser par politesse, et commet ainsi une erreur car elle est handicapée.
C'est en tentant de la réparer que les évènements s'enchaîneront de façon de plus en plus catastrophique jusqu'à la destruction de la famille. La pitié qu'il éprouve pour la jeune femme le soulage, mais a des conséquences qu'il ne contrôle pas. Il n'a pas le courage de cesser dans son comportement, ni le courage de froisser la jeune fille (ce qui serait un mal pour un bien).

« Il faut tout d’abord nous méfier de notre instinct de pitié ; à l’opposé de la compassion, il est toujours ambigu, il comporte une grande part de valorisation de soi-même, de jouissance à se sentir meilleur ou plus fort. »  Anton n'est pas sadique et ne se fait pas aimer pour en jouir, mais il est lâche.

Ce qu'il faut retenir du roman :
  • La présentation de la société autrichienne d’avant guerre et de ses préjugés
  • La dangerosité de la pitié
  • La force et la pérennité de la culpabilité (même la guerre n’arrive pas à l’effacer de la vie d’Anton)
  • L’histoire du riche Kekesfalva, nouvelle mise en abyme dans le roman qui rappelle le style de Zweig (hormis la fin positive) : il y est parvenu de façon crapuleuse
Constance Jacquot

mercredi 29 février 2012

Avis sur l'expo Jacques Villon au musée des Beaux-Arts d'Angers

Avis sur l'expo Jacques Villon au musée des Beaux-Arts d'Angers : est-elle à voir ou ne pas voir ?
A voir sans hésitation !

Précisons d'emblée que Jacques Villon est le frère de Marcel Duchamp pour remettre en contexte, comme ne manque pas de nous le préciser l'affiche "Jacques Villon né Gaston Duchamp". Ce peintre cubiste était connu et reconnu à son époque mais est aujourd'hui délaissé (sa dernière exposition a eu lieu au Grand Palais en 1075, 12 ans après sa mort), c'est donc l'occasion de découvrir son oeuvre personnelle et colorée.

L'exposition Jacques Villon nous permet de connaître ce peintre et est très agréable à visiter du fait de l'accrochage dans une grande salle dans lequel le parcours et structuré grâce à des pans de murs. J'ai trouvé que c'était une alternative originale à l'enchaînement de salle et de couloirs, qui donne une impression d'ouverture et d'espace relaxante.
Enfin, le musée de Beaux-Arts d'Angers est calme et le tarif d'entrée à l'exposition Jacques Villon est dérisoire : 3€.

Pourquoi Jacques Villon est-il un peintre un peu oublié ? Peut-être à cause de l'ombre de son frère Marcel Duchamp, référence du ready made, ou parce que sa vie a été simple et lisse, sans scandale ni névrose... C'est bien dommage !

Informations pratiques sur l'exposition Jacques Villon au musée des Beaux-Arts d'Angers :
Du 4 novembre 2011 au 1er avril 2012
Durée de visite moyenne : 30 min
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Tarif 3€ - Gratuit pour les - 26 ans

Quelques oeuvres de l'exposition Jacques Villon au musée des Beaux-Arts d'Angers :
Le long du bois, 1958

Portrait, 1914

Le cheval, 1914

L'espace, 1932

Constance Jacquot

jeudi 16 février 2012

Avis sur le film "Sport de filles" de Patricia Mazuy

Avis sur le film "Sport de filles" de Patricia Mazuy (2011) : est-il à voir ou à ne pas voir ?
A ne pas voir au cinéma (sauf avec votre bande de copains et copines cavaliers).

"Sport de filles" présente une facette de l'univers du commerce de chevaux de haut niveau et de la compétition international à travers l'histoire de Gracieuse, cavalière dans une écurie d'obstacle. Alors que le film s'ouvre sur une vente de chevaux de sport, qui met en avant la beauté de l'animal et des scènes d'affection entre la monture et sa cavalière, la rage de cette dernière est très rapidement exaltée (au bout de 3 minutes) lorsque que cette jument qui lui était promis est vendue.

La colère de Gracieuse, contenue ou exprimée, transpire dans chacune des scènes du film. La réalisatrice à chercher à démontrer sa résolution têtue, bornée, au péril de la loi et de la sécurité des chevaux, à montrer sa valeur et à obtenir son cheval personnel dans le but de l'emmener au sommet de l'art équestre, ce qui semble être la clé de son bonheur. Son comportement est irréaliste tant il est extrême, mais n'oublions pas que c'est du cinéma, dont le but est aussi d'exalter les sentiments.

A travers l'histoire, on découvre le monde du commerce des chevaux de dressage, dont les prix se comptent toujours en dizaines de milliers d'euros et peuvent monter jusqu'à des centaines. Au regard de mon expérience, cette représentation est juste, ainsi que les aspects du métier mis en avant : passion pour l'animal, exigence de la perfection et commerce à tout prix. D'un point de vue de la technique équestre, le film est également crédible (mais Gracieuse n'est pas une cavalière surdouée comme le disent tous les synopsis).


Si le film est juste d'un point de vue équestre, les péripéties très rythmées finissent par s'emballer et être confuses dans la dernière partie du film. Les personnages sont tous hystériques, malheureux ou aigris, et se débattent pour s'extirper de leur situation. Le scénario perd en crédibilité, un tel déchaînement de passions ne peut pas avoir lieu dans le domaine de la compétition de haut niveau de dressage. Cette rage est tout l'objet du film, certes, mais le dressage ne tolère pas ces débordements et tout professionnel arrivé à un tel niveau sait ravaler sa colère et garde toujours comme objectif prioritaire le bien-être et la réussite des chevaux.

A mon avis, "Sport de filles" sera apprécié par ceux qui apprécient l'animal sans forcément connaître le sport. Il n'est pas assez pointu pour les férus d'équitation et pas assez fédérateur pour le grand public.

Constance Jacquot