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mardi 4 juin 2013

Avis sur le roman "Les infortunes de la vertu" par Sade


Avis sur Les infortunes de la vertu par Sade : ce livre est-il à lire ou non? Ce n'est, à mon sens, pas la lecture la plus indispensable de Sade.

Précision : J'ai lu par le passé Les cent vingt journées de Sodome par Sade et j'ai trouvé cet ouvrage beaucoup plus amusant (le souvenir n'en est pas assez frais pour que j'en fasse un article) et je recommande plutôt cet ouvrage comme première lecture de Sade, plus léger et "instructif", qui se contente de vanter la débauche sexuelle et non morale.

Les infortunes de la vertu relate les aventures de Justine, jeune fille abandonnée par sa famille en même temps que sa sœur aînée alors qu'elle avait 12 ans. L'aînée se prostitue pour survivre et mène une vie licencieuse qui la mène à la prospérité. La cadette choisit le chemin de la vertue qui ne la pousse d'un malheur à un autre. Les "vertus vexées" sont successivement la pudeur, la bienfaisance, l'horreur du mal, la piété, la naïveté et la prudence, qui sont "récompensées" par le vol, le viol, l'esclavage, la torture et la pauvreté.

Dans ce "conte" écrit en 1787 en une semaine alors que Sade était emprisonné (pour attentat à la pudeur, aux bonnes meurs ou quelque chose de ce goût), il nous livre une caricature avec des défauts vicieux et sans demi-mesure qui sont élevés au rang de force et d'intelligence, opposés à une bonté et une honnêteté de Justine extrêmes, détournées en une candeur stupide, faible et impuissante. Tout au long du roman, la vertu laisse à Justine pour seule bouée la fuite.

Les infortunes de la vertu est un livre bien évidemment impartiale, exagéré et finalement sans finesse, c'est ce qui m'a surtout gênée. Il prône le vice dans le but de corriger les injustices du sort, comme le montre le parcours couronné de succès de l'aînée débauchée et maligne, et dénonce grossièrement la religion comme couverture pour les obsédés sexuels les plus pervers, notamment à travers un épisode dans lequel Justine, voulant confesser ses pêchers involontaires, se retrouve emprisonnée dans un couvent isolé, esclave sexuelle des 4 moines tout à fait libertins qui y résident (Sade ne lésine évidemment pas sur les détails graveleux).

En conclusion, Les infortunes de la vertu sont présentées sans aucune subtilité, ce qui en décribilise le propos, et n'en fait finalement un livre écrit pour exciter le bourgeois par les descriptions explicites des actes sexuels pervers et la mise en scène des interdits, correspondant certainement à leurs profondes envies frustrées. Dans notre société, ça n'a plus vraiment de sens.

Alors lisez plutôt Les cent vingt journées de Sodome, c'est bien plus amusant et ça reste graveleux, du grand Sade.

Constance Jacquot

vendredi 12 avril 2013

Avis sur l'exposition " Linder, femme/objet " au musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Avis sur l'exposition "Linder, femme/objet" au musée d'Art Moderne de la ville de Paris : est-elle à voir ou non ? Je ne la classerais pas parmi les must-see de la saison.

L'exposition présente plusieurs facettes du travail de Linder : photographies et photomontages principalement, mais aussi mode, musique et vidéo. La rétrospective est ainsi complète et permet d'embrasser toute la carrière de l'artiste, on découvre ces premièrs travaux composés d'images découpées dans les magazines pour finir par les montages réalisés sous Photoshop.

Linder a investit la scène artistique à l'époque où émergeait le punk (76-77) et a logiquement utilisé son art dans un but contestataire. Tout son travail est trempé de féminisme, son combat, et dénonce la femme utilisée et écrasée par la société. La femme ultra-érotisée, à laquelle nous sommes habitués dans les médias et particulièrement la publicité, et que nous remarquons à peine, est isolée de son contexte pour apparaître dans toute sa violence et est mise en scène de façon ridicule avec ses objets du quotidien.


Linder, Sans titre, 1976
 
Linder, Sans titre, 1976
 
Linder, Sans titre, 1976

L'oeuvre de Linder et son message sont clairs et percutants, j'irai même jusqu'à dire qu'il manque de subtilité. Son travail a quelque chose  de trop évident, de trop facile, nous sommes quotidiennement confrontés aux visuels qu'elle utilise et détourne et à ses idées féministes certes fondamentales (l'ultra érotisation, la soumission ménagère, etc) mais rabachées. Peut-être que ce point de vue vient du fait que j'appartiens à une génération qui a toujours entendu ces contestations, des personnes plus âgées auront certainement un autre regard.
Enfin, le mieux est encore d'écouter Linder parler de son travail :

LINDER Femme/Objet par paris_musees

Néanmoins, cela rend l'exposition accessible à tous (sauf les enfants, certains travaux sont très érotiques), même ceux qui n'ont pas l'habitude des musées ; le procédé de collage est plutôt ludique.

Linder, Revolutionary hardcore, Formula IX, 2010

Linder, Sans titre, 1977

Au-delà du contenu, l'exposition " Linder, femme/objet " est très agréable à visiter : elle se déroule au premier étage du musée d'Art Moderne de la ville de Paris, il y a peu de monde et la scénographie est spacieuse avec certaines thématiques d'oeuvres masquées par des rideaux qui rendent la surprise complète et le choc plus important ! En plus, cette exposition n'est vraiment pas chère : 6€ !

Le catalogue de l'exposition Linder est très sympa, sous forme de magazine, on y retrouve pour 24€ toutes les oeuvres de l'exposition qui au-delà de leur portée sont tour à tour drôles, esthétiques et renvoient facilement à des souvenirs personnels.

Infos sur l'exposition "Linder, femme/objet" au musée d'Art Moderne de la ville de Paris :
Jusqu'au 21 avril 2013
Durée de visite : 45 minutes
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, jusqu'à 22h le jeudi
Tarif : 6€ / TR : 3€