dimanche 11 mai 2014

Expo Van Gogh - Antonin Artaud : "le suicidé de la société"

Le musée d'Orsay propose au public un regard original sur l'oeuvre de Van Gogh dans cette exposition mise en scène selon le texte d'Antonin Artaud Van Gogh le suicidé de la société. Une exposition pointue et saturée de visiteurs, qui n'est pas un moment de plaisir et de détente.


Ces artistes ont tous deux été internés en psychiatrie dans leur jeunesse et Antonin Artaud, à la création tumultueuse, était bien placé pour écrire sur la lucidité et la conscience, et leur absence, dans la processus artistique.

L'exposition Van Gogh - Antonin Artaud donne un nouveau regard sur l'oeuvre très connue du peintre. On y contemple une quarantaine de tableaux, mais aussi des lettres, et des pièces consacrées aux dessins d'Antonin Artaud, que la plupart d'entre nous n'aurons certainement jamais vues. On y retrouve tout de même des œuvres phares telles que La Nuit étoilée, La Chambre de Van Gogh à Arles, et des autoportraits.

Van Gogh, La Nuit étoilée, 1888
Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles, 1889
Van Gogh, Portrait de l'artiste au chevalet, Paris, 1888
Le musée d'Orsay propose des croisements intéressants entre les deux œuvres et la mise en scène est réellement soignée et participe pleinement au parcours du visiteur. Cependant, l'exposition est très riche d'informations et nécessite beaucoup de concentration, ce qui n'est pas évident lorsqu'on piétine au milieu du flot très dense de visiteur ; en plus de la queue habituelle pour entrer dans le musée, on attend également à l'intérieur aux portes de l'exposition.

Que ce soit concernant Van Gogh ou Antonin Artaud, on comprendra surtout le sens de certaines œuvres, les évènements qui ont enclenché leur conception, le contexte de travail du peintre, et d'autres éléments complémentaires de notre connaissance de Van Gogh, notamment grâce des cartels généreux. Néanmoins, je n'ai trouvé aucune information complémentaire sur le site du musée, contrairement aux expositions précédentes.

Pour vous donner une idée de la précision de l'exposition, quelques exemples de concepts que j'ai pu retenir :

  • Le Fauteuil de Gauguin symbolise la tension entre les deux amis (Van Gogh et Gauguin), l'ombre violette symbolise leurs caractères opposés

Van Gogh, Le Fauteuil de Gauguin, 1888

  • Son psychiatre, le Dr Gachet, l'obligea à peindre jusqu'au bout malgré sa maladie. Passionné d'arts, il offrit à Van Gogh un confort matériel propice à la création. Le peintre, doutant de son professionnalisme, ne reste qu'un mois et demi chez lui, mais cette période reste mystérieuse. Les œuvres de cette époque, entachées par la réputation de faussaire que traîne le Dr Gachet, ont fait l'objet d'une exposition à Orsay en 1999.
  • Dans ses dessins, Antonin Artaud avait pour objectif de reconstituer l'unité corps-esprit détruite par la maladie et les électrochocs.

Informations pratiques sur l'exposition Van Gogh - Artaud au musée d'Orsay :


Jusqu'au 6 juillet 2014

Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h (dernier accès billetterie à 17h), le jeudi jusqu'à 21h45
Je vous recommande vivement de venir à l'ouverture, quelque soit le jours de la semaine ; il y a beaucoup de monde à la nocturne. Réserver un billet coupe-file ne vous dispensera pas du monde dans l'expo.
Gratuit pour les 18-25 ans sans réservation, avec réservation : 11€-TR 8.5€

Durée de visite : 45min


Constance Jacquot


jeudi 20 février 2014

Joan Fontcuberta retourne le cerveau dans son expo à la Maison Européenne de la Photographie

L’exposition Camouflages de Joan Fontcuberta est une délirante leçon de manipulation à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 16 mars 2014.


La Maison Européenne de la Photographie (MEP) rentre complètement dans le jeu de Joan Fontcuberta, photographe-artiste de l’illusion et du détournement, en proposant un parcours d’exposition et une scénographie qui nous coincent dans son univers factice et pourtant si réel.

Le photographe nous fait croire à l’inénarrable de salle en salle, autour de thèmes variés traités dans le détournement de la réalité. Les 3 étages de l’exposition sont comme une mise en abime d’une œuvre qu’on ne quitte qu’une fois sorti. Les panneaux et cartels présentent chaque projet et chaque thème comme une recherche scientifique sérieuse et précise et dont on peine à remettre en cause de la crédibilité.

Le propos global de l’exposition, au-delà de susciter des gloussements, porte sur la vérité des images qui nous entourent. Le travail artistique est toujours une réalité factice même si la forme est réaliste et les artistes n’ont aucun scrupule à nous mentir [Joan Fontcuberta a fait des études de communication avant de se consacrer à l’art – CQFD]. Si Joan Fontcuberta peut nous manipuler, alors les médias le peuvent aussi.

La manipulation de l’information est le fil conducteur des salles Spoutnik et Déconstruire Osama qui détourne la couverture de faits historiques, à la frontière d’un mauvais goût jouissif et hilarant.

Déconstruire Osama et  Spoutnik © Joan Fontcuberta

Spoutnik © Joan Fontcuberta

Joan Fontcuberta nous livre aussi ses théories scientifiques dans les séries Herbarium, Fauna et Sirènes. Les textes accompagnant les images, extrêmement sérieux et dont la charte éditoriale pastiche avec brio la description scientifique pour le non-initié, inhibent notre capacité à discerner le vrai du faux… quand en l’occurrence tout est faux.

Herbarium, Fauna et Sirènes © Joan Fontcuberta

Les photographies de Constellations et Orogenèse nous font croire à de belles images de paysages, en nous laissant quelques indices sur leur tromperie.

Constellations : non pas une photo mais de la peinture © Joan Fontcuberta 
Orogenèse : des images réalisées « numériquement » © Joan Fontcuberta

La série qui m’a paru la plus vicieuse et donc la plus réussie est celle L’Artiste et la Photographie et tente de nous démontrer que les grands artistes espagnols Dalí, Miró, Tapies et Picasso étaient des photographes avant d’être des peintres.

L’Artiste et la Photographie © Joan Fontcuberta

Enfin, la moins subtile à mon goût mais pas la moins drôle : Miracle & Cie.

Miracle & Cie © Joan Fontcuberta

Tout au long de l’exposition, on y croit, un sursaut de lucidité nous vient, donc on se sent stupide d’être tombé dans le panneau mais dès la salle suivante le propos de Joan Fontcuberta est mis en images avec une technique si précise qu’on replonge ; le doute est permanent. Passionnant, mais j’en ai presque regretté l’absence de recul critique et d’accompagnement dans la compréhension de son travail.

Infos pratiques sur l’exposition Joan Fontcuberta à la Maison Européenne de la Photographie :


Jusqu’au 16 mars 2014

Durée de visite : 1h

Victime de son succès, il faut bien compter 20 minutes d’attente en fin d’après-midi et les week-ends, jusqu’à la fermeture. Même avec cette affluence, la visite reste fluide, car c’est le passage à la caisse (une seule pour tout le flux de public) qui ralentit l’entrée. Une bonne occupation pendant cette attente : la MEP est assez avare de contenu autour de l’exposition, pour mieux en profiter je vous recommande quelques rapides recherches avant la visite.

Du mercredi au dimanche de 11h à 19h45
Tarif 8€ / TR 4,5€ / gratuit le mercredi à partir de 17h

Plus d’informations sur le site internet de la Maison Européenne de la Photographie

Constance Jacquot
Publié sur Mother Shaker

lundi 10 février 2014

Expo de dessin contemporain : la donation Guerlain au Centre Pompidou

Le Centre Pompidou expose une sélection d’œuvres de la donation de dessins contemporains de la Fondation Guerlain. A travers 200 artistes originaires de 38 pays, l’exposition amène une vision globale sur les possibilités et les variations de cet art.


Le dessin est un art à part entière et a la particularité d’être à l’origine de tout processus créatif, universel et intemporel : c’est le premier geste de chaque artiste, le plus direct du cerveau à la main. Et pourtant, il peine à être considéré comme un art majeur, au même titre que la peinture ou la photographie, auprès des institutions et des collectionneurs.

La Fondation d’entreprise Guerlain a donc pour vocation la reconnaissance du dessin contemporain, notamment à travers le « Prix de dessin Guerlain », qu’elle a créé en 2006. La donation Guerlain au Centre Pompidou compte 1200 œuvres, dont celles des nominés. Leur intégration à la collection du Musée National d’Art Moderne et leur exposition devraient donner plus de valeur à cette technique et susciter de nouvelles vocations de collectionneurs, d’autant que le marché du dessin est parmi les plus accessible financièrement.

L’exposition du Centre Pompidou est située dans la galerie d’art graphique, à l’intérieur même du Musée National d’Art Moderne (donc gratuit pour les – 25 ans). On nous emmène à la découverte de toutes les possibilités offertes par le dessin : styles, traits, outils, supports et sujets sont sont montrés dans tout leur variété.

Claire Morgan – Ophelia (extrait) – 2009 – mine graphite, aquarelle et résidus de canard sur papier

Réalisations à l’encre, coulures, collages et même utilisation de fiente de canard, le dessin contemporain est loin de se restreindre à la mine et regroupe des supports et outils qui nécessitent de rassembler d’autres compétences que le coup de crayon.

Bernard Moninot – Ombres – 1981 – résine acrylique, pigment et noir de fumée fixée sur verre

Le dessin permet un graphisme très précis et détaillé, contre-balancé par la légèreté des décors et fonds. Le sujet est souvent le seul élément de la composition avec une large place laissée au blanc du papier.

Fabien Mérelle – Paul d’Aubervilliers – 2010 – encre sur papier

La collection de dessins contemporains de la Fondation Guerlain contient aussi bien des œuvres aux sujets actuels et lourds que d’autres plus légères et poétiques. La volonté de l’exposition d’approcher de l’exhaustivité se ressent bien dans le choix très international des artistes.

Pavel Pepperstein – Kandinsky tower (extrait) – 2007 – encre et aquarelle sur papier

Rina Banerjee – Wishing waters and grey spells enchanted her funny foe – 2009

Le dessin contemporain joue aussi avec l’abstraction.

Thomas Müller – 2010 – lavis et mine graphite sur papier


On se rend également bien compte au fil des œuvres, regroupées par artistes et par thèmes, que les notions de présentation et de mise en scène s’appliquent aussi au dessin.

Sandra Vasquez de la Horra – 2003-2011


Tous les publics trouveront leur compte dans l’exposition de dessins contemporain de la donation Guerlain :

  • Les amateurs d’art découvriront de nombreux nouveaux artistes et le travail au dessin d’autres qui se fait connaître grâce à d’autres techniques (par exemple Penone, dont on connait les sculptures d’art mais moins les dessins de cerveaux).

Giuseppe Penone – Foglie del Cervello – 1990 – empreintes au carbone et bandes adhésives sous verre

  • Les artistes seront inspirés par la multitude de supports, médiums et thèmes abordés.
    • Les novices s’y retrouveront aussi car, bien que dense, l’exposition est d’une lecture facile : les dessins sont moins chargés que des toiles et permettent un décryptage plus facile et l’exposition guide le visiteur grâce aux regroupements thématiques et par artistes. On regrette cependant qu’il n’y ait pas plus de ressources à disposition : le site et les dépliants disponibles sur places sont bien trop légers.
    Je recommande d’autant plus cette exposition de la Fondation Guerlain que la visite en est très fluide, certainement grâce à son installation dans l’espace de la collection permanente, dont la présentation vient d’ailleurs d’être renouvelée.

    Infos pratiques sur l’exposition de la donation Guerlain au Centre Pompidou :


    Jusqu’au 7 avril 2014

    Durée de visite : 45 min
    De 11h à 22h (fermeture des caisses à 20h), tlj sauf mardi
    Gratuit pour les -25 ans, sinon 13€/10€

    Site de l’exposition

    Constance Jacquot
    Article publié sur Mother Shaker

    mardi 4 février 2014

    Zeng Fanzhi, l’expo perturbante du MAM…

    Les artistes contemporains chinois, poids lourds du marché de l’art international mais encore peu présentés dans les institutions, gagnent en notoriété et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris s’inscrit dans la tendance avec la rétrospective de Zeng Fanzhi, exposé pour la première fois en France.


    Vous avez jusqu’au 16 février 2014 pour découvrir dans cette expo au contenu et au tarif accessibles ce peintre pékinois bien connu des collectionneurs mais moins du grand public se reconnaît à son style marqué par la croisée des inspirations traditionnelles et modernes. Les peintures de Zeng Fanzhi sont chargées de références picturales et se révèlent de plus en plus déroutantes au fil de la visite, avec un coup de pinceau à la Pollock et un univers glauque comme celui de Bacon.

    Zeng Fanzhi – Pure Land – Huile sur toile 2012 – Courtesy Gagosian Gallery

    Dans les peintures de Zeng Fanzhi s’entrechoquent les influences picturales asiatiques et occidentales : les paysages chinois sont interprétés avec un graphisme pop art et expressionniste, des tableaux obscures et abstraits côtoient les thèmes politiques mais sans engagement de cet artiste resté en Chine mais mondialement vendu. Pure Land, peinture monumentale en 4 panneaux de plusieurs mètres de long, emprunte le sujet et le traité des branchages à la peinture traditionnelle chinoise sur des couleurs très pop pour le paysage avec un trait qui pourrait appartenir à un artiste expressionniste abstrait.

    L’exposition, antéchronologique, commence par les œuvres les plus récentes de Zeng Fanzhi, et certainement les plus impressionnantes par leur format et la vivacité du coup de pinceau. Les images et paysages même figés dans la toiles paraissent dynamiques grâce au talent de Zeng Fanzhi et l’œil y voyage facilement, angoissé par l’absence d’humains au profit d’animaux démesurés.

    Zeng Fanzhi – Hare (Lièvre) – Huile sur toile 2012 – Collection Pinault

    Cette rétrospective du MAM met en exergue le travail sous forme de séries de Zeng Fanzhi, dont l’une des plus perturbante est celle des masques, nourrie par l’idée que personne ne peut vivre sans masque dans nos sociétés modernes, surtout dans le Pékin grouillant de l’artiste.

    Zeng Fanzhi – Mask Series no.08 – Huille sur toile 1997 – M+ Sigg Collection

    Zeng Fanzhi – Portrait – Huile sur toile 2004 ©Zeng Fanzhi

    On retrouve dans cette série d’une part des symboles de l’esthétique socialiste récurrente en peinture tels que les foulards rouges, les fleurs colorées kitsch, et d’autre part des éléments déroutants comme les pupilles en croix. The Last Supper est une citation directe de l’œuvre de De Vinci mais aussi une analogie avec une réunion politique.

    Zeng Fanzhi – The Last Supper – Huile sur toile 2001

    La dernière salle de l’exposition Zeng Fanzhi est un point orgue de bizarroïdité avec des scènes d’abattoirs…

    Informations pratiques de l’exposition Zeng Fanzhi au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris :


    Jusqu’au 16 février 2014

    Du mardi au dimanche de 10h à 18h et le jeudi jusqu’à 22h
    Une expo très calme même le week-end

    Tarifs : 3,5€ à 7€
    Durée de visite : 40 min

    Site de l’exposition

    Constance Jacquot
    Publié sur Mother Shaker

    vendredi 24 janvier 2014

    Brassaï clame son amour pour Paris à l’Hôtel de Ville

    Brassaï l’a dit, il ne manque que 2 lettres à « Paris » pour devenir « Paradis ». Cette exposition gratuite prolongé jusqu’au 29 mars 2014 (tel est son succès !) par l’Hôtel de Ville de Paris est dédiée à la beauté et au(x) charme(s) de la capitale et des parisiens, à travers le talent du photographe qui lui a dévoué 50 ans de travail.

    Le Baiser, 1936


    L’exposition Brassaï nous éloigne des clichés en noir et blanc très intégrés à l’imagerie parisienne -escaliers menant à Montmartre, amoureux sur les quais, gargouille surveillant les toits, etc. Le photographe, arrivé à 25 ans de sa Roumanie natale, a immortalisé les quartiers, les métiers et la vie des parisiens à partir des années 30, nous laissant ainsi un témoignage indélébile de cette époque révolue.

    Chaque cliché s’attache à un sujet dans un cadre étroit, aussi bien un parisien, que du mobilier urbain ou qu’une façade d’immeuble. Plutôt que de s’appuyer sur la beauté esthétique de Paris, Brassaï personnifie actions et sentiments dans ses personnages capté par son objectif ; même les grilles des parcs et rebords de fenêtre prennent vie.

    La colonne Morris, 1933 et Le ruisseau qui serpente, 1931-32

    Brassaï n’utilisait pas de lumière artificielle et attrapait dans l’instant la lumière juste, créée par le hasard des phares d’une voiture ou d’un lampadaire. Ses photographies de Paris de nuit sont caractérisées par cette méthode et par une atmosphère épaisse et brumeuse. Les sujets du Paris nocturne et bohème représentent souvent le mouvement et la notion de passage, immortalisant ainsi l’éphémère.

    Allumeur de réverbère, 1933
    Coulisses des Folies Bergères, 1933

    L’exposition Brassaï présente également un pan de son œuvre méconnue du grand public autour des graffitis, qu’il a collectionné dès son arrivée à Paris sous forme de croquis puis de photos. Ces éléments ont servi de maquettes pour constituer une tapisserie en laine qui peut être vue comme une « galerie » de graffiti. Cette œuvre surprenante ouvre l’exposition et invite ainsi le visiteur à oublier ses préjugés sur Brassaï afin d’être prêt à admirer l’étendue de son talent.

    Informations pratiques sur l’exposition Brassaï, Pour l’Amour de Paris :


    Jusqu’au 29 mars 2014
    A l’Hôtel de Ville de Paris, du lundi au samedi de 10h à 19h
    Attention :  il faut prévoir 30 min de queue minimum pour entrer, même en semaine

    Accès gratuit

    Durée de la visite : 1h

    Pour avoir un aperçu, la ville de Paris a édité une application Ipad/Iphone avec une trentaine de photos de l’exposition.

    Constance Jacquot
    Article publié sur Mother Shaker

    mercredi 20 novembre 2013

    Erwin Blumenfeld et ses photos de mode au Jeu de Paume

    Le Jeu de Paume reçoit Erwin Blumenfeld, photographe de mode iconique des années 40 et 50, pour sa rétrospective la plus complète jamais exposée en France.

    Avec une majorité de tirages d’époque, difficiles à rassembler pour cet artiste très côté sur le marché de l’art pour qui les numérisations et tirages modernes sont courants, le Jeu de Paume s’affirme une fois de plus comme un lieu de référence de la photo. Contrairement aux précédentes expositions plus difficiles à aborder, le Jeu de Paume propose ce photographe extrêmement connu et à l’esthétique accessible à tous.

    Variante de The Picasso Girl, 1941

    Erwin Blumenfeld a eu une vie très riches d’expériences et de découvertes. Né en 1897 et mort en 1969, il a connu toute l’évolution de la photographie, ainsi que les bouleversements historiques des guerres mondiales. L’exposition qui lui est consacré aujourd’hui présente surtout la variété de techniques et procédés qu’il a abordé. Contrairement à ce qui est écrit dans les documents autour de l’exposition, je trouve qu’on ressent assez peu l’impact de l’histoire sur son travail, à l’exception de son montage allégorique d’Hitler daté de 1933, Gueule de l’horreur ; il a toujours su mettre au profit de sa carrière ses émigrations successives.

    Erwin Blumenfeld a marqué l’histoire par son travail en tant que photographe de mode pour le groupe de presse Condé Nast et particulièrement ses titres Vogue et Harper’s Bazaar. Ce style photographique peut paraître figé et aseptisé, plus « pratique » qu’artistique, et l’exposition permet justement de comprendre toute l’évolution et la réflexion artistique de ce type de photographe à travers l’exemple de la carrière de Blumenfeld, présenté ici chronologiquement.

    L’exposition s’ouvre sur ses dessins et collages de jeunesse qui montre un fort attrait pour les dadaïstes. On découvre ensuite ses autoportraits, réalisés sur un ton récréatif, puis ses premiers nus et portraits, objets d’expérimentations de techniques et de procédés créatifs comme la solarisation (inversion des valeurs lumineuses sur une zone de l’image), la surimpression (superposition d’image), le photogramme (image photographique obtenu en plaçant des objets sur le film, puis à la lumière, c’est-à-dire sans appareil photo). Au-delà de la simple compréhension de l’artiste, l’exposition est aussi une source d’inspiration pour tous les artistes qui la visitent, à travers cette multitude de supports et de techniques.

    Cecil Beaton, 1946 - Une solarisation d'Erwin Blumenfeld

    Une salle, la plus inattendue, expose ses photographies d’architecture, très originales par les cadrages extrêmes et les contrastes exacerbés. Enfin, on voit évidemment les œuvres qui l’ont rendu célèbre, ses couvertures de magazine et autres photos de modes en noir et blanc, certaines en couleurs, dans un style minimaliste qui lui est particulier.

    Mode-Montage vers 1950
    Trois profils, 1952
    Gueule de l'Horreur, 1933
    The women serve, Harper’s Bazaar, 1943
    Couverture Vogue, 1950

    Aussi intéressante qu’elle soit, l’exposition Blumenfeld témoigne surtout d’une carrière et d’une maîtrise technique, qui peut laisser tout à fait froid ; j’ai ressenti peu d’émotion se dégager des clichés. De nombreuses photos sont de petits formats, et le lieu qu’est le Jeu de Paume, d’une neutralité sans aucun charme, ne les met pas spécialement en valeur, si visu-affbien que certains esprits pragmatiques affirmeront que l’exposition n’apporte pas de plus-value et que la lecture du catalogue est tout aussi intéressante (catalogue à 35 €, malheureusement le Jeu de Paume ne propose pas de petites publications plus digestes et abordables).

    Néanmoins, le Jeu de Paume compte parmi l’un des quelques lieux d’exposition visitable sans réservation et sans foule en ce moment. Seulement 10 minutes d’attente un après-midi de week-end, et une circulation aisée dans les salles, une visite qui peut se faire dans le calme et la concentration, alors que les blockbusters du musée d’Orsay, du Grand Palais et de l’Orangerie sont absolument saturés.
    D’autre part, le prix d’entrée est très raisonnable et des visites conférences, sans supplément de prix, sont proposés le mercredi et le samedi à 12h30.

    Infos pratiques pour visiter l’exposition Erwin Blumenfeld au Jeu de Paume :


    Jusqu’au 26 janvier 2014
    Durée de visite : 45 minutes
    Une application à télécharger vous guide dans la visite. Les dépliants disponibles sur place sont déjà longs et complets. Vous pouvez aussi consulter le dossier pédagogique, documenté et facile à comprendre.
    Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, nocturne le mardi jusqu’à 21h
    Tarif 8,5 € / TR 5,5 € (gratuit le dernier mardi du mois à partir de 17h pour les -26 ans et les étudiants)

    Plus d’informations : Site du Jeu de Paume

    Constance Jacquot
    Article publié sur Mother Shaker

    dimanche 10 novembre 2013

    La fondation Miró de Barcelone, immersion complète dans l’univers de l’artiste

    La fondation Miró de Barcelone est un espace d’exposition exceptionnel et impressionnera les passionnés de culture par son histoire et son ampleur.

    Les amateurs de l’artiste ressortiront comblés, mais il nécessaire d’avoir des notions artistiques ou tout simplement une certaine ouverture d’esprit pour accepter et apprécier les œuvres de Miró lorsqu’on est novice, au risque de passer à côté de la beauté de ses œuvres et de n’y voir que des dessins puérils. Miró est l’un des plus grands artistes catalans et provoque des réactions fortes, soit on adore, soit on déteste, à la manière de la grande figure artistique de Barcelone, Gaudì.

    La Fondation Miró ©Pere Pratdesaba

    Miró s’est attaché tout au long de sa carrière à assurer la transmission de son travail et à conserver une importante collection personnelle, qu’il a centralisé dans cette fondation privée. Ouvert en 1975, alors qu’il n’y avait pas de centre d’art contemporain à Barcelone, cet établissement fait figure de pionnier et consacre depuis son espace d’exposition temporaire à un artiste vivant.

    La fondation Miró de Barcelone est un voyage exhaustif dans son œuvre, de manière chronologique et thématique, qui complété par l’audio guide (5 €) permet de comprendre les étapes de son travail et de décrypter son œuvre.

    Miró a travaillé plusieurs techniques, support et styles. De salle en salle sont présentés alternativement ses toiles, dessins, tissages, impressions, peintures, sculptures. Son œuvre appartient principalement à l’expressionnisme abstrait mais on découvre aussi quelques pièces figuratives. Cela représente une masse d’informations passionnantes mais difficile à ingérer en une seule visite (certains pourront reprocher le manque de synthèse du parcours), j’y suis restée 2h et je n’ai pas tout vu.

    La visite est en tout cas très agréable car l’affluence est faible en basse saison (mais beaucoup plus importante en haute saison, m’a-t-on dit) et le bâtiment lui-même vaut d’être vu, pour son architecture originale et les sculptures disséminées sur les terrasses et dans les jardins. Situé sur le Montjuïc, colline à l’est de la ville sur laquelle équipements olympiques modernes côtoient des villes pierres, on y profite d’une imprenable vue sur Barcelone.

    Personnage 1970
    © Pere Pratdesaba
    Le toit de la Fondation Miró
    La Famille 1924
    Peinture Figures Rythmiques 1934

    Infos pratiques pour visiter la fondation Miró de Barcelone :


    Durée de visite : de 1h à la journée pour les plus mordus !
    11 € / TR 7 €, c’est cher mais ça les vaut vraiment ( l’entrée est inclus dans certains passion de la ville notamment le très bon Articket, 6 musées pour 30€)
    De 10h à 19h sauf lundi (jusqu’à 20h l’été), nocturne jusqu’à 21h30 le jeudi, fermeture à 14h30 le dimanche.

    Plus d’informations : Site de la fondation Miró

    Constance Jacquot
    Article publié sur Mother Shaker